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Vendredi 25 Mai 2012Musique

 Soleil du soir

Soleil du soir

Dick ANNEGARN

(Tôt ou Tard, 2008)

Et ta critique ?




Le maquisard fantoche de la musique francophone nous a concocté, avec le guitariste Freddy Koella, un 18e album aux couleurs très folk-blues qui sied très bien à son univers inimitable.

Retour à la case départ ? Si l'on en croit sa maison de disques, les excellents Tôt ou Tard (qui sortent  simultanément un Mathieu Boogaerts et un Vincent Delerm, rien que ça..), Dick était au bout du rouleau avant d'enregistrer Soleil du soir. Fatigué, en mal d'inspiration, il s'ennuyait tout seul à la guitare.

C'est Vincent Frèrebeau, son producteur, qui lui a proposé de travailler avec Freddy Koella, musicien français exilé en Californie, guitariste régulier de Willie Deville et ancien accompagnateur sur scène de Dylan (et plus anecdotique, de feu Cookie Dingler). Les deux compères ont une passion en commun : le blues, le vrai. Celui du Delta. Dick, tricoteur émérite des six cordes, a appris en écoutant les grands du blues d'avant guerre, Skip James, Big Bill Broonzy ou Leadbelly. Freddy joue de la guitare, du banjo, du fiddle comme un vrai hobo du Mississippi.

Et l'alchimie a fonctionné entre les deux musiciens, à tel point qu'il a suffi de cinq jours d'enregistrement. Comme les vrais.

L'entente est parfaite sur la première chanson, D'abord un verre, un blues traditionnel, ou Freddy rehausse de riffs légers de Dobro (cette guitare à résonateur métallique jouée en slide) le jeu très subtil de Dick et cette voix inimitable, chaude et enveloppante.

Le Hollandais n'a pas pour autant bouleversé son petit monde si particulier. On retrouve tout ce qui fait le grand Annegarn : son élocution inimitable, sa façon d'utiliser la langue française, sa poésie à la fois abstraite et riche de sens, et cette musique qu'il a joliment surnommé "fado des polders". Soleil du soir, un peu revêche d'aspect, n'est peut-être pas le disque idéal pour aborder Dick Annegarn (on lui préférera une compilation de ses premiers titres et le fabuleux Adieu verdure de 1999), mais reste un crû très gouteux, même si comme souvent certaines chansons comme Soldat peuvent paraître arides comme l'arrière-pays d'Essaouira.

La coloration folk-blues rappelle les débuts du chanteur, comme sur Décadons ou le morceau-titre. On est également proches de son premier album Tôt ou Tard, Approche-toi, lorsque les guitares sèches s'ornent de sections de cordes. C'est le cas de Jacques, hommage à Brel, que Dick salue comme un maquisard. Comme Brel, il a un jour envoyé promener le show-biz pour prendre son maquis. Comme Brel, il s'est retiré du monde. Ses Marquises à lui, c'est la Haute-Garonne ou le Maroc. Il peut donc largement se permettre l'hommage, à sa façon bien sûr, un peu mystérieuse; car qui d'autre peut chanter "Des œufs sur pattes traversent l'enfer / Des femmes en nattes, les fesses en l'air ?". Théo est un autre hommage à un exilé du pays des moulins, Van Gogh, qui comme lui a laissé sa famille.

L'exil est donc un des thèmes récurrents de cet album un peu crépusculaire. Espérons que ce Soleil du soir ne se couchera pas définitivement, car sans Dick, la musique en français aurait de faux airs de plat pays…


Nicolas Lejeune

© Etat-critique.com - 09/11/2008