Les Anglais de Wild Beasts ne sont pas des enragés. Visiblement ils pratiquent avec talent l'art du contrepied.
Dans la catégorie "groupe de pop britannique", Wild Beasts surprend. Ils pratiquent une pop austère, multiplient les gestes pas du tout commerciaux, défient les habitudes. Leur précédent disque s'appelait "Two dancers" mais pourtant la musique ne faisait pas sautiller sur place. Ce qui ne veut pas dire que leurs chansons ne sont pas réussies.
Hayden Thorpe a une voix exceptionnelle. On pense à l'androgyne Anthony. Il la confronte à un rock synthétique. C'est ce grand écart lyrique qui fait tout le charme et le talent de ce groupe de Kendal ! Ce que confirme "Smother", troisième opus du groupe. C'est une pop romantique mais pas du tout spectaculaire.
Pas besoin d'orchestre symphonique. Juste la voix et quelques rythmes électro, suivis de guitares élégiaques. Le disque nous prend par la main et impose doucement une étrange atmosphère. Le chanteur n'est pas une diva. Il partage quelques chansons avec son bassiste. Les titres sont maîtrisés avec un sens évident du détail. On devine le travail collectif. Tout a été pensé. On a essayé. On a jeté. On cherche un vrai équilibre dans ce disque.
Cela donne une collection de chansons venues d'ailleurs. Le son à la Talk Talk est très à la mode mais Wild Beasts a un petit plus. Le groupe soutient d'élégantes mélodies avec une retenue qui pourrait ressembler à de la prétention. Par exemple, le morceau Plaything est la meilleure chanson de U2 depuis des années: la chanson n'est pas écrite pour un stade et recherche l'harmonie.
Petit à petit, le charme discret de ce groupe apparaît. On se fait avoir par les apparences trompeuses. Avec quelques touches d'electro et pas mal d'intelligence, une vision épique de la pop se glisse entre les oreilles. La tension monte. Leurs chansons parlent beaucoup de sexe. On pourrait imaginer une musique de frustrés mais leur musique donne trop de plaisir.
C'est finalement un disque ironique, qui veut étonner et plaire. Tout cela est un peu précieux mais il y a une ambiance envoutante dans cet album. Une étrangeté que l'on veut découvrir en réécoutant l'album.
Finalement il y a de fortes chances qu'on devienne accro de "Smother", froid à l'extérieur et très chaud à l'intérieur.