Ne vous fiez pas à cette pochette. Ce n'est pas un des premiers disques de Neil Young ou une réédition d'un vieux Gram Persons. Mais leurs ombres planent sur ce song-writer ambitieux.
Puppet to the man, troisième titre de l'album, commence sur un gros riff puissant et un peu crade. Le crazy Horse de Neil Young apprécierait. Un peu avant, les deux premières chansons de l'album faisaient dans un folk distrayant, sensible et un peu psychédélique.
Le quatrième album de Kurt Vile consacre son style lo-fi et assez aventureux. Tout va bien pour ce jeune auteur. Les légendaires Sonic Youth le cite avec admiration. Animal Collective lui demande de participer à leur tournée. Bref, le natif de Philadelphie est en train de conquérir la planète rock avec son allure de grand hippy et ses ritournelles à l'étrangeté discrète mais réelle.
Car ses chansons désorientent. Elles nous perdent. A chaque fois, on pense deviner la destination de la chanson (folk, rock, pop?) et hop, le chanteur emprunte des chemins de traverses. Ses raccourcis sont subtiles. Il connait les règles. Il sait réciter les grandes leçons du rock.
Mais il refuse d'être le bon élève. Alors il bidouille. Il mélange. Par exemple Society is my friend pourrait être un pur (et excellent) morceau de cold wave bien britannique. Il n'aime pas se limiter à un son folk lyrique et un poil mystique.
Les guitares apprécient la venue de nappes de synthé discrètes. La voix est parfois hésitante mais elle laisse aussi sa place à de nombreuses idées musicales, passionnantes pour un auditeur persuadé d'avoir à faire un song writer qui regardait un peu trop derrière lui, scrutant ses illustres ainés comme Neil Young ou Bruce Springsteen.
Il n'aura peut être jamais le succès de ces deux là mais son talent est vraiment singulier et mérite une écoute plus qu'attentive. La pochette est trompeuse.
Le folk sombre de Kurt Vile est nettement plus contemporain qu'il n'y parait.