Adapté d’un roman épique, le nouveau film de Danny Boyle concentre l’énergie d’un pays complètement schizophrène. Haletant mais épuisant !
Finalement le réalisateur de Trainspotting est peut être un auteur attachant. Il est loin le temps où il était aux commandes de navets hollywoodiens et prétentieux comme La plage. Depuis 28 jours plus tard, le cinéaste s’est remis en question et, désormais, cela se voit à l’écran.
On découvre un type passionné et peu enclin aux conventions. Avec des budgets plus restreints, le cinéaste s’est habitué à l’humilité. Il était par son parcours le réalisateur idéal pour adapter le roman de Vikas Swarup, Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire.
La grandeur et la décadence d’un Indien des bidonvilles peuvent trouver un écho avec la carrière de Danny Boyle. Jamal, le petit héros, joue et gagne à Qui veut gagner des millions. Musulman, pauvre et inculte, il répond aux questions sans grande hésitation.
Interrogé et malmené par la police, il raconte comment il a fait pour répondre à chacune des questions qui le rapproche de la renommée et de la fortune. Son expérience pathétique va peut être le rendre riche.
Cependant Jamal se moque un peu de cela. Les détails de son existence misérable (les réponses aux questions) disparaissent lorsqu’il pense à Lakita, la seule personne qui le pousse à s’en sortir..
Comme Boyle à l’époque de Trainspotting, Jamal découvre l’envers du décor de la gloire et les soucis liés à la réussite. Là s’arrête la comparaison car le cinéaste se consacre à une immersion totale dans la vie indienne, faite de misères, de conflits et d’espérance.
Filmé au cœur des bidonvilles, Slumdog Millionaire nous installe dans la détresse et l’horreur. Entourés d’enfants, les spectateurs sont sauvés par leur innocence et leur humour. Loin des films bollywood, Slumdog Millionaire montre la réalité cruelle d’une société basée sur des castes. Rares sont les films qui s’intéressent aux Intouchables, aux victimes d’une société où l’inégalité est acceptée !
La découverte de ce milieu a des allures de grand huit ! Danny Boyle capte l’énergie mais entraîne le spectateur dans une spirale d’images pas toujours honnête. Finalement on ne sait pas si on a la nausée à cause de la scandaleuse réalité décrite ou tout simplement à cause du patchwork visuel qui nous est offert. La frénésie finit par assommer.
Reste que le fond est inattaquable et passionnant. Mais à être trop riche, le régime indien de Danny Boyle peut mener à l’indigestion.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 20/02/2009