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Dimanche 05 Février 2012Art-scène

 Slumberland

Slumberland

Virginie BARRé

Virginie Barré - Editions Loevenbruck

Et ta critique ?




À l’occasion de son exposition Slumberland aux Collections de Saint-Cyprien, les éditions Loevenbruck publie un recueil des œuvres exploratrices de Virginie Barré.

Dessins, tirages Lambda, mannequins et installations, autant de passerelles qui traversent les territoires du rêve et de la réalité,  de l’enfance et de ses révélations, du cauchemar et de la fiction, des territoires où Virginie Barré s’est installée depuis plusieurs années.

Cette publication est l’occasion de s’offrir une plongée dans une œuvre dont on apprécie d’autant plus ici la continuité et les transfigurations.

Les mannequins représentent la part en volume d’un propos qui silencieusement s’installe dans nos consciences.
Couchés, tournés, détournés, murés dans leur silence, volontairement absents, autistes, exilés, ils se soustraient à nos regards, font bloc, bloc de présence et de questionnements, malaises diffus et mystères aux yeux clôt.
Dans ses installations Virginie Barré met en place un langage muet, pour des scènes de crimes ou de désolations, des instants suspendus entre fiction et réalité, vie et mort, (Little Nemo symbolise parfaitement ce propos limite, inscrit sur la frontière d’une réalité brutale à un cauchemar hallucinatoire). Elle orchestre des rassemblements d’enfants frondeurs, plongés dans un monde d’adultes – le nôtre, spectateur qui tournons autour et tentons de leur soutirer une parole, un regard -, plantés dans leur mutisme.

Adolescents repliés sur eux-mêmes, cachés sous leur capuche, crimes cinématographiques, ceux qui rythmaient le parcours de Nuit Blanche 2005, ce travelling dans une Coulée Verte qui resserrait impitoyablement le nœud de la corde autour de notre cou à chaque macabre découverte, à l’Ecarlate se vidant de son sang, le corps douloureusement suspendu au-dessus des lumières et du vide.

En vis-à-vis, dans le catalogue, et pour plusieurs pages en légers traits noir sur fond blanc, ou aplats de couleurs vives, des groupes d’enfants aux fulgurants propos philosophiques, des réflexions posées comme universelles, pendant un cochon pendu, une mêlée, ou une partie de déguisement.

Parfois aussi, des dessins qui s’emparent du connu pour le réécrire en flaques noires et blanches, encres et vides, respiration et compression, en une narration revisitée.

Ou encore, avant de s’endormir, de cette enfant blottie dans son lit, le pouce dans la bouche, cette phrase dont on ne sait plus à qui elle s’adresse et qui, en définitive, la prononce : « Pourquoi me regardez-vous comme ça ? Je n’ai pas la réponse. »


Perrine Le Querrec

© Etat-critique.com - 22/04/2007