À l’occasion de son exposition Slumberland aux Collections de
Saint-Cyprien, les éditions Loevenbruck publie un recueil des œuvres
exploratrices de Virginie Barré.
Dessins, tirages Lambda, mannequins et installations, autant
de passerelles qui traversent les territoires du rêve et de la réalité, de l’enfance et de ses révélations, du
cauchemar et de la fiction, des territoires où Virginie Barré s’est installée
depuis plusieurs années.
Cette publication est l’occasion de s’offrir une plongée
dans une œuvre dont on apprécie d’autant plus ici la continuité et les
transfigurations.
Les mannequins représentent la part en volume d’un propos qui
silencieusement s’installe dans nos consciences.
Couchés, tournés, détournés, murés dans leur silence,
volontairement absents, autistes, exilés, ils se soustraient à nos regards,
font bloc, bloc de présence et de questionnements, malaises diffus et mystères
aux yeux clôt.
Dans ses installations Virginie Barré met en place un
langage muet, pour des scènes de crimes ou de désolations, des instants
suspendus entre fiction et réalité, vie et mort, (Little Nemo symbolise
parfaitement ce propos limite, inscrit sur la frontière d’une réalité brutale à
un cauchemar hallucinatoire). Elle orchestre des rassemblements d’enfants frondeurs,
plongés dans un monde d’adultes – le nôtre, spectateur qui tournons autour et
tentons de leur soutirer une parole, un regard -, plantés dans leur mutisme.
Adolescents repliés sur eux-mêmes, cachés sous leur capuche,
crimes cinématographiques, ceux qui rythmaient le parcours de Nuit Blanche
2005, ce travelling dans une Coulée Verte qui resserrait impitoyablement le nœud
de la corde autour de notre cou à chaque macabre découverte, à l’Ecarlate se
vidant de son sang, le corps douloureusement suspendu au-dessus des lumières et
du vide.
En vis-à-vis, dans le catalogue, et pour plusieurs pages en
légers traits noir sur fond blanc, ou aplats de couleurs vives, des groupes d’enfants
aux fulgurants propos philosophiques, des réflexions posées comme universelles,
pendant un cochon pendu, une mêlée, ou une partie de déguisement.
Parfois aussi, des dessins qui s’emparent du connu pour le
réécrire en flaques noires et blanches, encres et vides, respiration et
compression, en une narration revisitée.
Ou encore, avant de s’endormir, de cette enfant blottie dans
son lit, le pouce dans la bouche, cette phrase dont on ne sait plus à qui elle
s’adresse et qui, en définitive, la prononce : « Pourquoi me
regardez-vous comme ça ? Je n’ai pas la réponse. »
Perrine Le Querrec
© Etat-critique.com - 22/04/2007