Retour sur un des grands disques de 2007, et sans doute un des meilleurs Wilco : en pleine mode post-post-punk, le groupe de Jeff Tweedy sort un magnifique album au son très seventies, et semble donc sortir de sa période instrumentale.
Il y a des albums dans leur temps, et d’autres en-dehors du temps. Sky Blue Sky fait très nettement partie de la seconde catégorie. Non pas qu’il soit démodé, bien au contraire.
Le groupe de Chicago avait jusque-là suivi un parcours assez moderne : au départ plutôt country-rock (époque Being There), Wilco avait évolué vers une pop de plus en plus expérimentale (époque Yankee Hotel Foxtrot), incorporant même de la musique électronique à ses chansons.
Et puis Jeff Tweedy en a eu marre des effets technologiques, des heures passées en studio et au mixage.
Retour donc à du plus simple : les morceaux de Sky Blue Sky ont été enregistrés relativement vite (un par jour environ), et tout le groupe a participé activement au son et aux arrangements, alors qu'avant c'était surtout Tweedy et l'apprenti sorcier Jim O'Rourke (mis un peu en veilleuse sur ce disque). Finis les bidouillages, place à un groupe qui joue, librement , se laisse aller. Et c’est magnifique.
Le son, comme on l’a dit plus haut, lorgne vers le rock californien du milieu des années 70 (Neil Young période Zuma, Harry Nilsson): moelleux, confortable, tout en rondeurs. Athmosphérique sans être kitsch. Intimiste par instants, sans être autiste. Un écrin instrumental d’une grande richesse avec basses qui roronnent, pianos électriques, cordes parfois, et surtout l’exceptionnel apport du nouveau guitariste soliste, Nels Cline, qui atteint des moments de pure grâce sur les solos à plusieurs guitares d’"Impossible Germany" (un des sommets de l’album) ou "Side With The Seeds".
A ces morceaux de bravoure s’ajoutent des chansons plus calmes, parmi les plus personnelles écrites par Tweedy : la toute première, belle et simple, "Either Way", le morceau-titre, ballade country et souvenirs d’enfance, ou le plutôt drôle et très lennonien "Hate It There", sur un type largué par sa femme et qui se rassure en faisant le ménage tout en se disant que "keeping things clean doesn’t change anything". Car si Tweedy n’est pas le plus gai luron de la planète rock, il possède un humour qui empêche toujours ses chansons de tomber dans le pathos et l’auto apitoiement (hein Thom Yorke ?).
Seul petit défaut : l’album, très homogène, est peut-être un poil trop long, trop dense, mais c’est un défaut général chez Wilco. Sinon, je ne vois rien. A part les râleurs qui pesteront (et ont déjà pesté) contre ce "rock à papa". Ils ont quoi contre les papas ?
Nicolas Lejeune
© Etat-critique.com - 05/07/2008