Le Théâtre des Abbesses reprend Sister, de Vincent Dunoyer (2007).
En parallèle avec la nouvelle chorégraphie de la danseuse flamande (The Song) présentée au Théâtre de la Ville de Paris, du 30 juin au 3 juillet, le Théâtre des Abbesses programme à nouveau une création de Vincent Dunoyer (2007), un duo avec la fondatrice de la compagnie Rosas.
C’est vraiment l’école d’Anne Teresa De Keersmaeker qui guide les pas du chorégraphe français : on reconnaît la volonté de déstructurer la danse classique pour une compréhension plus vaste des possibilités corporelles, on distingue la scansion des phrases par les rythmes de la respiration, on retrouve les jeux de tension et de repos des membres.
Et pourtant on comprend vite qu’il y a une nouveauté, une intention apparemment ironique, mais en vérité profonde, qui sous-tend tout le spectacle. Tel un hommage à l’enseignement reçu, Dunoyer met en scène les « coulisses » de la création artistique, expose ce qui n'est pas encore achevé, tout en délivrant un message et une réflexion sur l'art qui, en ces temps, se révèlent rassurants et apaisants. D’ailleurs, la performance « vivante » des deux danseurs est précédée puis alternée par des photographies de pas de danse de Fumiyo Okeda et par des extraits vidéo comprenant, entre autres, des ébauches de mouvements réalisées par Pere Pladevall et John Jasperse.
C’est en effet la construction in fieri de la chorégraphie elle-même qui est dévoilée au public et proposée comme une œuvre d’art en soi : Dunoyer montre le coté humain de l'invention artistique, faite de répétitions, de fautes, d’oublis et d’efforts de mémoire. Et le rôle de maître et d’élève est renversé, Anne Teresa De Keersmaeker cherche l’accord de Dunoyer pour être sûre de ses gestes, avant de s’approprier personnellement de la danse.
Habillés en homme commun (avec chaussures et pull) et en femme de ville (escarpins à talons et robe), les deux danseurs communiquent l’universalité de l’art, qui n’est donc pas l'apanage d’un type humain particulier.
Avec le style fluide de l’un et l’énergie de l’autre, c’est aussi l’apprentissage et la communication du savoir artistique qui est en jeu, dans ce dialogue, à l’origine privé, sur la danse.
http://www.theatredelaville-paris.com/danse/vincent-dunoyer.html
Flavia Ruani & Gloria Morano
© Etat-critique.com - 06/07/2009