Dix ans après sa création, le magnifique Signes de Carolyn Carlson et Olivier Debré est redonné à l’Opéra Bastille. Une belle occasion de se sentir heureux !
Olivier Debré voulait à l’origine créer une exposition sur le sourire. L’exposition n’eut jamais lieu, mais une série d’œuvres fut réalisée. C’est de cette série que sont issues les sept toiles gigantesques qui servent de décor à Signes.
Le ballet – fruit des travaux intimement liés de Carolyn Carlson et d'Olivier Debré (et agréablement mis en musique par René Aubry) – est donc né sous le signe de la joie.
Il est vrai que l’on ressent un vrai plaisir à voir ce ballet qui nous fait sourire et nous sentir bien, sans que le propos tombe dans la candeur naïve.
Les toiles et les costumes pourraient faire tomber l’œuvre dans le kitsch, et l'exacerbation de la bonne humeur pourrait faire craindre une ingénuité pénible...
Il n’en est rien !
Signes joue brillamment sur le fil et ne tombe pas dans la niaiserie. On est tout simplement ravi de se laisser emporter par la joie communicative du spectacle, et stupéfait de la qualité et de la force de la rencontre entre Debré et Carlson.
La tonalité de la danse colle en effet intimement à celle des œuvres picturales. La chorégraphie s’accorde autant, si ce n’est plus, aux décors et aux costumes qu’à la musique.
Signes ne pourrait exister sans Debré : ses toiles sont parties intégrante du ballet et sont bien plus qu'un simple décor.
Lorsque les toiles de Debré suggèrent la chaleur, Carlson répond par une danse d’une fraîcheur de sorbet qui relève l’ambiance estivale (Loire du Matin), lorsque la peinture se fait japonisante, les danseurs prennent des allures de ninjas qui défient la gravité (Les moines de la Baltique), lorsque les tons sont plus froids, la chorégraphe nous propose un duo amoureusement complice et sensuel où le danseur fait littéralement planer sa partenaire (L'esprit du bleu).
La danse est belle, récréative et décidément ancrée dans le registre de la grâce (magnifique marche au ralenti qui revient tout au long de la pièce), plus que dans celui de la prouesse (même si les soli sont remarquablement interprétés et le corps de ballet apparemment détendu mais néanmoins parfaitement ensemble).
Signes nous transporte, nous charme, nous enchante, en un mot nous émerveille, du début très sobre jusqu’à l’étourdissant final en noir et blanc.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 10/07/2008