Après le larmoyant et décevant Fahrenheit 911, Michael Moore nous revient avec un pamphlet contre le système de santé américain. Même si le sujet est moins universel, le traitement mérite amplement tous les égards.
Roger et moi & The Big One (encore inédit en France) attaquaient le corporatisme et les dérives du système capitaliste à l’américaine. Bowling for Columbine posait les bases d’un débat sur la libre possession d’armes à feu. Fahrenheit 911 proposait une autre vision de l’Amérique post-11 septembre. On se demandait quel autre sujet mériterait le courroux de notre américain préféré (après tout, nous sommes tous anti-américains, non ?). S’attaquer aux systèmes de soin aux Etats-Unis semblait un choix un peu particulier pour un documentaire tant celui-ci nous paraît, de l’autre côté de l’Atlantique, loin de l’image que l’on peut s’en faire. Et pourtant…
Avis aux accros d’Urgences, de Grey’s Anatomy ou du Dr. House : aux « States », les médecins ne sont pas tous beaux, gentils et riches. Bon, d’accord, ils sont souvent riches grâce au système de soin le plus coûteux du monde, ce qui ne poserait pas de problèmes si le système d’assurance était performant. Malheureusement, ce n’est pas le cas et même les plus riches n’ont aucune garantie de se faire rembourser leurs soins pour des raisons souvent obscures.
Car le capitalisme, comme l’insoutenable, n’a pas de limites. On peut aussi faire du profit en refusant de payer des soins à des assurés si l’on est créatif et sans conscience morale. Et le miracle du tout privé arrive dans le dernier quart du siècle dernier dans un pays où l’idée d’une sécurité sociale (donc communiste) survit mal à la chasse aux sorcières et où les fonds de pensions jouent au loto avec la retraite de leurs clients.
Michael Moore retrouve sa verve et sa (fausse) candeur devant un monde qui ne tourne plus très rond. La méthode Moore peut rebuter, certes, mais on doit reconnaître son efficacité : l’hypocrisie ne résiste pas longtemps face à une caméra apparemment intimidante et un montage nerveux. Ce dernier, sur les deux heures du documentaire, rend un sujet extrêmement indigeste très dynamique et, osons le mot, distrayant.
De l’incontournable comparaison internationale (cocorico) aux contradictions d’un système qui ne se comprend plus lui-même, on se prend à réveiller notre nationalisme américain, ce qui est un comble, il faut admettre.
On pourra regretter les moments où l’on plonge dans le pathos devant ces malades souffrant sur fond de violons. Soit. Relativement peu nombreux, ils sont éclipsés par de flamboyants moments de cynisme montés en spectacle et qui, malgré des procédés parfois douteux et des raccourcis trompeurs, sont parfaitement savoureux.
Ceux qui critiquent la Sécurité Sociale et proposent d’y intégrer une part croissante d’ingérence des sociétés privées sous le prétexte de sauver les générations futures d’une dette colossale (qui est 5 fois supérieure au pays du libéralisme galopant), pourront mettre de l’eau dans leur vin. Et si après, ils restent convaincus, c’est qu’ils doivent avoir de sacrés arguments à faire valoir.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 03/09/2007