Fans des Stones, réjouissez vous! Pour les autres, abstenez vous! Scorsese filme sagement un concert célèbrant la longévité hors norme des Pierres qui Roulent...
Il faut le dire tout de suite: si vous n'aimez pas la tête de pirate de Keith Richards ou le bassin remuant de Mick Jagger, ne vous déplacez pas au cinéma pour assister au concert des Stones donné à New York, et filmé par Martin Scorsese.
A plus de 65 ans, Keith Richards reste une énigme fascinante du rock'n'roll et visiblement Mick Jagger a un sacré coach sportif pour sauter partout sur la scène.
Ces deux personnages indissociables et emblématiques captivent le cinéaste qui filme ses idoles (on entend souvent les Stones dans ses films) sans hardiesse.C’est très professionnel et le cinéaste nous permet d’entrer dans les coulisses que dix minutes au début du film.
Sa vision du show biz rappelle un peu le talent du grand Scorsese, fin pour capter les enjeux médiatico-politiques, mais après place aux papys du rock et leurs succès !
Là, c’est un drôle de spectacle. Les riffs filent toujours le frisson mais les rides vont elles si bien au rock ? Mick Jagger est un peu pathétique, faiblard lorsqu’il parle au public, venu pour soutenir une action caritative de Bill Clinton, donc sélectionné par l’argent.
Ron Wood soutient toujours aussi bien Richards mais continue d’imiter la poule à qui on a coupé la tête. Tandis que Charlie Watts tabasse, imperturbable, ses caisses et reste un grand sage du rock, trop haut perché pour être accessible.
Le style est encore présent mais le cœur n’y est plus. Il est amusant de voir comment les deux complices de toujours, Jagger et Richards, s’ignorent royalement sur scène. Ils assurent mais cela semble être un boulot comme un autre pour ces vieux routards, qui ont tout connu, comme le montrent de vieilles archives amusantes.
Ce qui reste de primitif dans ce groupe, c’est Keith Richards, vieux corbeau qui s’étonnent toujours d’être en vie et qui s’éclate avec sa guitare. Il rate une note sur deux mais ces petits défauts font finalement le charme et l’intérêt des Stones aujourd’hui.
Le personnage est mystérieux mais le plaisir est flagrant. Lorsqu’il joue avec le bluesman Buddy Guy (à la voix puissante, ce qui défrise Jagger) il devient splendide malgré sa tête mâchouillée par des excès devenus mythiques.
Richards devrait mériter un film. Jagger fait le show de manière carrée et Richards s’allume des cigarettes, foire ses riffs et rigole de sa voix rocailleuse. Il défie les pisse froids. Il aime son art et lui rend un hommage vibrant avec ce goût de la résistance discrète.
Pas encore à la retraite, les Stones assurent tout comme Scorsese, grand amateur de rock. C’est trop froid pour être vu par le grand public mais tout fan sera comblé devant ce témoignage sur la vieillesse des stars du genre !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 17/04/2008