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Vendredi 25 Mai 2012Musique

 She who dwells...

She who dwells...

Sinead O'CONNOR

(Hummingbird Records – 2003)

Et ta critique ?




2003 : avant de quitter (pour de faux...l'avenir nous l'a dit) définitivement le milieu, cette grande belle gueule de Sinéad O’Connor nous offrait un testament bicéphale de près de deux heures et demie. Magnifique.


Je dis grande gueule et je pense coup de gueule. Un de plus. Car on avait du mal à y croire à cette retraite définitive.

Sinéad O’Connor a commencé sa carrière à l’âge de 16 ans : elle fugue d’un pensionnat après deux années de maison de redressement pour intégrer son premier groupe. À 13 ans, elle s’était déjà sauvée de chez elle avec frères et sœur pour fuir les coups d’une mère folle sadique. Maltraitance, torture physique et morale : la musique fut son refuge, le chant son arme de combat. Sa foi en la vie a tenu à ça, ainsi qu’à une foi spirituelle extrêmement présente dans son œuvre qui fourmille de références bibliques. On est en Irlande, pays théocratique s’il en est. Pays du mystère, de la fierté, de la souffrance aussi.

Les six premiers albums (de "The lion and the cobra" en 1987 à "Faith and courage" en 2000) de notre passionnaria sont empreints des douleurs de son histoire personnelle. Exutoires logiques et nécessaires. Mais Sinéad porte aussi en elle toutes les douleurs du monde, toutes ces croix qu’elle voudrait, en bonne chrétienne, rendre plus légères à l’humanité. Une page tournée... vers l’avenir ?

Et puis, en 2002, Sinéad réussit enfin à mener à bien un projet qui lui tenait à cœur depuis toujours. Dans "Sean-nos nua", elle interprète une série de chansons traditionnelles irlandaises. Avec une émotion, une justesse et une intensité bouleversantes. Mais surtout, c’est la première fois qu’elle est en mesure de raconter des histoires sans référence intime : telle un médium, elle se met simplement au service de l’auteur de la chanson (mort depuis un bail, bien souvent) pour qu’il s’exprime à travers elle.

Cette maturité à laquelle elle était parvenue, ce besoin qu’elle n’avait plus d’évacuer ses tourments par ses chansons, étaient sûrement à l’origine de cette saugrenue annonce de retraite . Volonté de tourner une page, de passer à autre chose autrement, plutôt que renoncement définitif et radical à la création musicale. Une sorte de quiproquo finalement.

Bon, plongeons nous maintenant sans arrière-pensée dans ce "She who dwells in the secret place of the most high shall abide under the shadow of the almight "(ça au moins c'est du titre !) qui fonctionne donc en deux temps bien distincts : d’abord une série de morceaux inédits, démos, faces B et collaborations diverses, et ensuite un concert enregistré lors de sa dernière tournée. Deux disques tout à fait indépendants, à aborder et à savourer comme tels.

De nombreux petits bijoux sortent de la première boîte où règne un joyeux mélange pas toujours très cohérent, mais très significatif de l’œuvre de l’artiste. Du a capella recueilli au country, du tempo reggae à un surprenant Chiquitita emprunté à… Abba (!?), c’est une très plaisante boule à facettes à la sauce irlandaise à laquelle on a droit.

Mais curieusement et contre toute attente, c’est dans la deuxième boîte qu’on trouvera les joyaux, versions en public de chansons extraites majoritairement de "Sean-nos nua", mais aussi un Nothing compares 2 U (son seul hit, une reprise de Prince qui surpasse l'original ) à tomber par terre, un John I love you formidable, un Fire on Babylon extraordinaire…Une intense émotion du début à la fin.

Sinead O’Connor chante. Authentique, profonde, la pureté de son âme, la force de sa voix chamboulent. La splendeur des mélodies et des arrangements impressionne. Le cœur se presse, l’esprit s’élève, on communie.
C’est beau, c’est fort, c’est Sinéad O’Connor !




Roland Caduf

© Etat-critique.com - 25/04/2010