Attention, pépite : avec sa seule guitare ou un banjo, ce jeune barde suédois nous fait revivre la magie du pur folk, celui du jeune Dylan et de tous ses ancêtres. Le tout en 30 minutes et 10 chansons vibrantes et poétiques.
Dans la famille folk authentique, on avait déjà la sœur (Alela Diane), les frères (Fleet Foxes), il faudra désormais compter avec le cousin scandinave. Il se fait appeler, avec ironie, l'Homme le Plus Grand du Monde mais son vrai nom est Kristian Matsson et il vient de Dalama, Suède. C'est à peu près tout ce qu'on sait sur le bonhomme. Le reste, et l'essentiel, on l'apprendra en trente minutes et 10 superbes chansons, servies par sa seule voix et une ou deux guitares acoustiques en fingerpicking, voire un banjo.
Ce qui saute bien sûr aux oreilles, c'est la similitude avec le Dylan folk d'avant 1965. Même voix nasillarde, même dépouillement, mêmes textes métaphoriques et fleuris (mais pas d'harmonica). S'arrêter à cette comparaison serait très réducteur. D'abord parce que Dylan lui-même n'est pas né par opération du Saint-Esprit : il se nourrissait de l'immense patrimoine du blues et de la country d'avant guerre, et c'est à ce puits là que la musique de Tallest Man On Earth va aussi chercher son eau pure. Mais pas seulement-là : on y entend aussi des réminiscences de Nick Drake ou d'Eliott Smith.
Ensuite et surtout grâce à la qualité de ce qu'on entend. Si la voix peut surprendre au début par son côté un peu forcé, on se laisse vite entraîner dans l'univers de ce petit grand homme : des mélodies simples mais fortes, qui font mouche instantanément comme "I Won't Be Found", ou le splendide "The Gardener", où Matsson dévoile une lecture possible de l'origine de son énigmatique surnom (pour que je puisse rester le plus grand homme…à tes yeux mon amour); une authenticité non feinte, qui vous prend aux tripes, même si elle a demandé aussi un certain travail. Il ne faut pas croire que faire un disque qui sonne parfois comme une démo soit à la portée de chacun : le chant et le jeu de guitare, malgré le côté brut du son, très "field recordings" (*) sont plus travaillés qu'on ne le pense.
C'est bien volontaire, et c'est assez culotté comme premier album : sonner comme autrefois, dans les conditions de l'époque, emprunter le phrasé de Dylan, s'appeler l'Homme le plus grand du monde, et foncer tête baissée. Et le pire, c'est que ça fonctionne plutôt très bien, surtout quand Kristian gomme ses tics et montre sur "The Sparrow and The Medicine" que même en chantant naturellement il a une très convaincante voix. Amis fans des grandes étendues, des cabanes en bois et des jeunes chanteurs minces et barbus (ou, en l'occurrence, moustachus), vous serez bientôt, moins riches de quelques euros mais récompensés, comme disait l'Autre, au centuple.