Paul Auster, entre songe et réalité, nous livre avec Seul dans le noir, un « divertissement » aux accents tragiques.
Voilà un livre qui fait penser à une mise en pratique des réflexions de Milan Kundera sur l’art du roman !
Tout d’abord, nous nous trouvons face à deux récits qui alternent l’un l’autre, chacun inscrivant dans son déroulement des histoires dans l’histoire. Des pépites de récits que l’on n’oublie pas car elles éclairent le récit principal.
D’un côté, August Brill, chroniqueur littéraire à la retraite vit chez sa fille Myriam en compagnie de sa petite-fille Katya. Tous sont déprimés. August a perdu sa femme, Myriam a divorcé et Katya se remet mal de la mort d’un être proche. August passe son temps à regarder des films classiques (Ozu, De Sica) en compagnie de sa petite-fille puis ils en parlent comme s’il s’agissait de donner un sens à leur vie.
De l’autre côté, Owen Brick est magicien à New-York de nos jours et se trouve magiquement transporté dans un pays qui ressemble aux Etats-Unis. Un pays où le pouvoir fédéral a déclaré la guerre à certains états indépendants qui se sont regroupés. Dans ce pays en proie à la guerre civile, Owen est chargé de tuer celui qui est responsable de cette anarchie, l’instigateur de la guerre : August Brill.
La dualité des récits marche bien et l’on se dit qu’on est dans un des récits d’Auster de la plus belle eau. On s’attend alors à une montée en puissance, à une fusion des deux récits en un seul.
Il n’en est rien car à 50 pages de la fin du récit, au moment où l’on a intégré que les deux histoires ont lieu dans la tête d’August Brill, lors d’une nuit d’insomnie et qu’il passe de l’une à l’autre pour tromper l’absence de sommeil. A ce moment-là donc, intervient un troisième récit. Sans doute le plus émouvant. Un nouveau virage narratif est pris.
On l’aura compris : il s’agit d’une variation dans l’univers Austerien, une mise en abime permettant de réfléchir sur l’idée de nation, la douleur, la perte et l’amour.
Auster a un univers, un style, des idées fixes et d’autres qui bougent. Pour la première fois depuis une dizaine d’année, il est venu en France faire le service après-vente et il a eu une exposition médiatique importante. Du coup, son roman est en tête des ventes
Du coup, il a été flingué par les critiques jaloux de son succès. S’il fallait donner son avis sur Seul dans le noir, on ne serait ni extrêmement laudateur, ni vindicatif. Œuvre mineure ou majeure, peu importe. Le plaisir du lecteur est tangible et ce que l’auteur laisse entendre sur les thèmes qui lui sont chers, est stimulant pour la réflexion.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 06/02/2009