Vingt-quatre heures de la vie d’un homme, de sa famille… et du monde. Un samedi comme les autres qui dévie soudainement de sa trajectoire pour plonger son principal protagoniste dans un fait-divers inimaginable quelques heures plus tôt.
À l’approche de la soixantaine et avec une dizaine de romans à son actif, Ian McEwan ne peut sans doute pas se prévaloir du titre d’auteur le plus prolixe de sa génération. Par contre, il peut postuler sans hésitation à celui d’auteur le plus doué et le plus primé (Booker Prize 1998, Femina 2003 et quelques autres encore)… même si l’on sait que trop souvent les deux phénomènes ne sont pas corrélés.
Pourtant, avec cet Anglais globe-trotter (né en 1948 à Aldershot en Angleterre, il a passé une grande partie de sa jeunesse en Extrême-Orient, en Afrique du Nord et en Allemagne, au gré des affectations de son père, officier dans l’armée britannique), pas d’ambiguïté de ce genre : le talent est bien présent et la densité exceptionnelle de Samedi, son dernier ouvrage, est là pour en témoigner.
Condensés sur une unité de temps relativement restreinte, le samedi 15 février 2003, les événements rapportés par Ian McEwan n’en couvrent pas moins l’existence entière de Henry Perowne, son personnage central.
Neurochirurgien réputé, mari heureux et père comblé, Henry Perowne se réveille tôt ce samedi matin. La nuit est encore noire, il se mets à la fenêtre de sa chambre, repense à la semaine qui vient de s’écouler, aux patients qui l’attendent dès lundi, à sa partie de squash hebdomadaire qu’il ne raterait pour rien au monde, à la visite de l’après-midi qu’il doit faire à sa mère internée dans une maison de retraite médicalisée, et surtout au repas du soir qui réunira toute la famille, y compris sa fille adorée qu’il n’a pas vu depuis six mois, depuis qu’elle s’est installée à Paris pour ses études…
Mais ce jour-là, un grain de sable va venir gripper la machine parfaitement huilée de sa vie (presque) sans histoire. Un simple petit accrochage automobile va faire entrer une violence inattendue dans son univers feutré.
Rien de prévisible ni de manichéen dans la narration de McEwan. C’est au contraire avec un extraordinaire savoir-faire qu’il transforme en "roman-somme" une histoire ordinaire qui ferait quatre lignes dans la rubrique des faits-divers de n’importe quel quotidien.
Tout est contenu dans Samedi. Les histoires individuelles de ses protagonistes, leurs questionnements et leurs doutes, bien sûr ; mais également l’histoire (ou l’actualité) du monde tel qu’il est ce jour-là, à quelques semaines du déclenchement de la guerre en Irak.
Comme Expiation en 2001, on dévore le récit extrêmement écrit de ces vingt-quatre heures si particulières (et si banales à la fois) avec la même avidité qu’un thriller efficace.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 28/04/2007