Les rappeurs de Marseille reviennent avec le printemps. La saison leur réussit bien : il s’agit de leur meilleur album depuis Ombre est lumière. Ca fait du bien.
Il faudra un jour remercier IAM d’exister : il s’agit là d’un groupe français qui ne singe pas les clichés du rap américain. Pourtant les marseillais citent allégrement les héros du rap yankee. Ils en font même une chanson dans ce nouvel album, Hip hop ville. Mais c’est pour mieux s’en détacher.
IAM, depuis leur premier album, réussit à fuir les conventions. Certes, ils n’ont pas résisté aux sirènes du succès. Des albums solos inégaux, des projets douteux et deux albums démonstratifs, les membres du groupe se sont parfois perdus dans le coté obscur. Pourtant leur intégrité reste intacte.
Ce nouvel épisode de la saga IAM met en avant l’importance du son mis au point par Kheops et Imhotep. Les sons sont orientaux. Les samples aspirent à la plénitude. La musique du groupe a vraiment une authenticité qui sauve le groupe de la banalité commerciale.
Ce sont les compositions des deux architectes musicaux qui donnent la structure cinématographique des chansons d’IAM. Chaque morceau pourrait être un single. Il y a dedans des climax et des fins plus ou moins heureuses ! Et surtout il y a un propos. Pas de bling bling et de poum poum short !
La reconnaissance fut internationale mais IAM a encore un regard cinglant sur la société. Le groupe balaie à sa porte : Rap de droite est un grand moment de clairvoyance. Mais Akhenaton et ses camarades observent leurs contemporains : la discrimination positive, les modes, les inégalités sociales… Les sujets sont connus mais leur style continue de surprendre et de charmer.
Lorsque le groupe offre du recul avec leur rap zen, IAM plaît. Ils sont néanmoins plus fébriles lorsqu’ils se lancent dans des histoires plus intimes. Deux chansons sont presque ringardes au milieu d’excellents morceaux créant une fresque imposante. La lucidité et l’intelligence du discours impressionnent. Le son sort de l’ordinaire. Cette saison 5 est la meilleure entendue depuis très longtemps.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 24/04/2007