Jusqu’au 18 février, la cinémathèque accueille une grande rétrospective Guitry. Une exposition passionnante qui fait le tour de ce personnage complexe et haut en couleurs. Mais oublie quelques petites clés…
Guitry a eu de grands succès auprès des femmes et dans le monde littéraire. Marié et divorcé avec les plus belles, toujours habillées par les plus grands couturiers, il a fait de son existence un modèle de dandysme. Snob, il le fut, certainement. Amoureux des belles voitures et des bonnes fréquentations, il a très tôt baigné dans le monde des arts et des lettres. Il faut dire qu’il avait un sacré héritage ! Son père était Lucien Guitry, grand comédien de la fin du XIXe siècle, proche d’Octave Mirbeau, Jules Renard et Tristan Bernard. Et il considérait Sarah Bernhardt comme sa mère spirituelle. On ne peut rêver meilleur CV pour débuter une carrière et être introduit dans le monde !
Très vite, le jeune homme se fait un nom, comme auteur puis interprète de ses propres textes. Il touche à tout : publicité, cinéma débutant, dessin. Ses croquis ressemblent d’ailleurs étonnamment à ceux d’un autre touche-à-tout de génie, ami et rival à la fois : Jean Cocteau.
Comme lui, il est là où il faut être, aime les paillettes, la reconnaissance et a un ego surdimensionné.
Il s’intéresse très vite au cinéma mais l’aura au préalable tellement décrié que jamais la profession ne lui pardonnera. Il faudra attendre le jeune François Truffaut pour que les gens du septième art fassent preuve d’une certaine indulgence à l’égard de celui qui a tout de même fait quelques films marquants.Bien sûr, il y eut l’incroyable Si Versailles m’était conté, qui couvre plusieurs siècles et possède une affiche véritablement hollywoodienne. Mais il a aussi fait jouer les plus grands, pressentant avant les autres leur talent : Arletty, Michel Simon, puis le duo de comiques Poiret-Serrault.
Homme-orchestre, Sacha Guitry fut aussi journaliste et écrivain, critique. Personnalité complexe, il était également collectionneur et gardait tout : lettres et témoignages d’amitié d’hommes illustres, du télégramme de Bourvil aux échanges avec Léon Blum, mais aussi photos, dessins, costumes de scène…À sa mort, tout fut éparpillé et c’est grâce à son secrétaire, Henri Jadoux, qu’une partie de ces documents a été préservée. Cette masse de documents, acquis en 1995 par la BNF, éclaire d’un jour neuf la personnalité de Guitry. Car, sous le dandy léger perce le un bourreau de travail, exigeant et perfectionniste.
Et cette exposition met aussi en valeur l’admiration que Guitry vouait à ceux qui l’entouraient, à ses acteurs surtout.
Il est dommage qu’elle évacue deux petits bémols dans ce parcours presque sans faute : où était Guitry pendant la Première guerre mondiale, à l’heure où tombaient les Péguy et Apollinaire ? Et surtout, quid de son comportement sous l’Occupation et de ses soixante jours de prison pour « intelligence avec l’ennemi » ? L’exposition n’en parle presque pas. Pourtant, un tel personnage se doit d’être lu dans sa globalité…
Marie Léon
© Etat-critique.com - 19/01/2008