A confondre le paganisme dans une esthétique baroque avec de la gaudriole paillarde qui tourne au vulgaire, Jean-Jacques Annaud fait vite oublier qu’il fut l’un des réalisateurs français qui a su dépasser les frontières de par son talent.
Minor, recueilli sur une île de la Grèce Antique, fut élevé par une truie. Incapable de communiquer avec ses semblables, il occupe le poste d’idiot du village tout en désirant la fille du chef, une splendide nymphomane qui désespère de sa condition virginale.
Sa rencontre avec le dieu Pan, qui commence par une sodomie en bonne et due forme et se termine en une amitié sincère, augure du fort caractère mythologique de l’histoire. Avec sa mort et sa renaissance, Minor connaîtra le pouvoir, l’amour et la déchéance.
Si la mythologie grecque avait un but moralisateur (certes plus restreint que dans les autres religions), ici, elle a été détournée de son contexte et se retrouve privée de sa connotation symbolique et mystérieuse. Il ne faut pas chercher de trame historique, elle ne sert qu’à justifier les tendances fornicatrices des personnages.
Au milieu de cette orgie navrante, on cherche la métaphore saignante du pouvoir, seule excuse valable pour motiver un tel film. La dichotomie entre un début burlesque maladroit et une fin doublement tragique qui donne une bonne idée de ce que pourrait être une adaptation d’une pièce de Racine par Max Pécas, est tout simplement ratée.
Malgré la difficulté de passer de la bouffonnerie à la grandiloquence, José Garcia remplit honorablement son contrat avec une énergie rare. Son comparse Vincent Cassel donne la meilleure prestation du long-métrage. Sachant qu’il n’apparaît que pendant 10 minutes au total.
Pour couronner le tout, Annaud, reconnu pour son perfectionnisme et sa maîtrise technique, s’effondre à mi-parcours. Après avoir planté le décor avec une concision remarquable et de bonnes idées (dont un découpage littéraire très seyant), le récit s’essouffle dans des digressions futiles et ne parvient pas à se relever aux passages les plus importants.
La transition entre la caméra classique et son équivalent numérique ne correspond à aucune logique et plonge l’esthétisme recherché des décors et des costumes dans une incohérence totale. La musique confiée pourtant au compositeur du Labyrinthe de Pan ressemble à un ersatz des œuvres de Vladimir Cosma donnant l’impression de se retrouver face à un péplum anémique avec Pierre Richard. Au moins ça, ça aurait pu être drôle.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 11/10/2007