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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 SONGS FROM BEFORE / DANCE

SONGS FROM BEFORE / DANCE

Lucinda CHILDS

du 14 au 17 avril 2010 Théâtre de la Ville - 75002 PARIS

Et ta critique ?




Du 14 au 17 avril, le Théâtre de la Ville rend hommage à la chorégraphe américaine Lucinda Childs, en proposant deux de ses spectacles, créés à trente ans de distance : le nouveau Songs From Before (2009), suivie du fameux Dance (1979).

 

De façon exceptionnelle, l’exécution des deux créations est confiée aux danseurs du Ballet de l’Opéra du Rhin.

 

Musique minimaliste et danse classique ? Chorégraphies postmodernes et danseurs d’Opéra ? Le résultat n’est peut-être pas aussi heureux que ces associations inattendues le laissent croire.

 

Une chorégraphie-icône de la danse postmoderne, telle Dance, reproposée à travers les gestes longs et légers, élégants et gracieux de la danse classique, perd beaucoup de son innovation rude, abstraite, déterminée. Et tout devient narration, sentiment, humanité.

 

Comme le choix intentionnel de commencer la soirée par Songs from Before, qui, triomphe d’esthétique et de pureté de lignes et mouvements, abandonne la musique répétitive d’un Philip Glass pour des vagues sonores romantiques, mélancoliques, telles un film hollywoodien.

 

Certes, même dans cette création récente on reconnaît le souci géométrique et la trame répétitive des rencontres entre les corps, qui caractérisent le style de l’élève de Merce Cunningham, mais tout paraît adouci, attendri, affaibli. C’est une harmonie générale qui règne, une légèreté et une délicatesse qui font ressembler les danseurs à des sources d’eau coulante ou bien à des oiseaux, remplissant l’espace de façon lisse, sans ombres ni opacités, à la fois délicate et impitoyable, comme tout phénomène naturel.

 

Le spectateur se sent face à une représentation intime, personnelle, comme si les mouvements de danse symbolisaient les pensées du « je » narrant (la voix off de Robert Wyatt lisant des fragments de textes de Haruki Murakami), s’affolant, se rencontrant, se séparant à l’intérieur de sa tête : des pensées solitaires, au déclin de la vie.

 

L’impression d’être face à une saison mûre, vespérale et attendrie de l’art de la chorégraphe est affirmée davantage par la comparaison que le public est mené à faire entre la performance de Dance réalisée en 1979, qui est projetée en vidéo sur la scène, et celle que les danseurs sont en train de faire live. Les différences entre les deux exécutions sont alors poussées en premier plan : et aujourd’hui ce ne sont plus les gestes neutres et apparemment négligés d’autrefois, qui émanaient force et conviction, mais un éloge à la beauté classique, au mouvement apaisé, retrouvé, calmé, nonobstant le fond rythmique incessant.

 

La vision de ces deux spectacles est comme un voyage dans le temps : ils montrent, à mes yeux, l’évolution et l’arrivée d’une conception d’artiste, qui n’est pas, contrairement à ce que laisse penser la musique minimaliste avec son effet d’hypnose, identique et infinie.

 

http://www.lucindachilds.com/

 

http://www.theatredelaville-paris.com/spectacle-lucinda-childs-171


Flavia Ruani

© Etat-critique.com - 19/04/2010