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Dimanche 05 Février 2012Art-scène

 Rock'n'roll 39-59

Rock'n'roll 39-59

Fondation Cartier - 261, boulevard Raspail 75014 Paris - Tous les jours sauf le lundi de 10h à 20h - Nocturne le mardi jusqu'à 22h - Entrée : 7,50 euros (tarif réduit : 5,50 euros)

Et ta critique ?




Programmée à l'occasion du trentième anniversaire de la mort d'Elvis Presley, l'exposition replace le phénomène rock'n'roll au sein d'un contexte plus vaste, celui des évolutions sociales, culturelles et artistiques des années 50.


C'est une efficace machine à remonter le temps qui s'est installée jusqu'au 28 octobre dans l'enceinte de verre de la fondation Cartier. Choc des époques et des cultures pour une rétrospective nostalgique qui fait la part belle aux souvenirs émus d'une (ex-)jeunesse blanche découvrant la musique noire dans une Amérique où la ségrégation raciale était encore la règle.

En préambule didactique, l'exposition s'ouvre sur un film documentaire d'une petite heure signé par Patrick Montgomery et Pamela Page, Rock'n'roll the early days (1984). Tout y est : le contexte sociale et économique, les inspirateurs (la musique noire de la première moitié du siècle, blues, rythm'n'blues, jazz, groupes vocaux), les découvreurs (Sam Phillips, Alan Freed, etc.), les grandes figures des débuts (Elvis Presley, Bill Haley, Fats Domino, Little Richard, Chuck Berry, etc.) et le rapide dévoiement d'une musique annexée et dénaturée par les majors pour le grand public.

Fort de ces rappels utiles, le visiteur peut déambuler à sa guise dans une exposition sucrée qui agit comme une puissante madeleine pour tout amoureux de cette musique venue d'ailleurs.

Ainsi, la grande salle du rez-de-chaussées propose une véritable plongée dans les années 50 : gigantesque Cadillac, juke-box millésimés (et en état de marche), radios, micros et pick-up en bakélite aux couleurs acidulées, magazines pour teenagers… aucun objet fétiche ne manque à l'appel pour nous projeter efficacement dans les "happy days" d'un autre temps.

Pourtant, ce n'est pas cette amusante "quincaillerie" vintage qui retient l'attention, mais plutôt la splendide série de photos d'Elvis Presley réalisée en 1956 par Alfred Wertheimer. Alors que le futur King est en passe de devenir une star nationale, sa nouvelle maison de disque, RCA Victor, engage le jeune photographe new-yorkais pour quelques clichés. Fasciné par son modèle, Alfred Wertheimer décide de le suivre à ses propres frais et parvient à saisir la simplicité, la beauté, mais aussi la solitude de cet homme dont la vie est en train de basculer.

Dans la seconde partie de l'exposition (sous-sol), le rock'n'roll est replacé, sur une gigantesque fresque murale, dans une perspective chronologique qui, de 1954 (enregistrement de Rock around the clock par Bill Haley et premier disque d'Elvis Presley) à 1959 (mort de Buddy Holly, arrestation de Chuck Berry et chute du disc-jockey Alan Freed, compromis dans une affaire de pots-de-vin), passe en revue l'histoire musicale tout en posant force jalons historiques. Ponctuée de points d'écoute, de films, de vêtements et de documents originaux, cette mise en scène s'avère pourtant vite laborieuse.

On lui préfèrera les petits "mausolées" dédiés aux grandes figures du genre (Louis Jordan, Bill Haley, Bo Diddley, Buddy Holly, Chuck Berry, Elvis Presley, Fats Domino, Jerry Lee Lewis, Carl Perkins, Gene Vincent et Eddie Cochran). Disques, objets personnels, archives et vidéos y retracent avec chaleur des trajectoires fulgurantes et inoubliables.

Enfin, la visite se termine sur une salle attenante présentant le contexte historique et social des Etats-Unis au cours des quinze années précédent l'émergence du rock'n'roll. En marge de l'imagerie rock glamour perpétuée depuis un demi-siècle, cette plongée dans "l'Amérique d'en bas" - blanche pour la prospérité économique du nord, noire pour la tradition rurale du sud - montre la réalité d'un pays longtemps coupé en deux.

"Le rock n'est pas mort" continuent à clamer nombre d'aficionados jeunes et moins jeunes. La multiplication des Hall of fame et autres expositions plus ou moins confites en dévotion n'est pourtant pas pour rassurer sur son état de santé. Pour sa part, la fondation Cartier ne tombe pas dans le piège de l'hagiographie béate d'une époque et de ses artistes. Avec Rock'n'roll 39-59, elle propose au contraire un voyage visuel et sonore non dénué d'analyse et de recul des plus "rockommandable".


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 22/08/2007