A la cérémonie des Grammy Awards de 2008, le quarante septième album de Herbie Hancock devient l’album de l’année. Un disque de jazz récompensé ainsi, ce n’était pas arrivé depuis Getz/Gilberto en 1965.
La note d’intention est une tradition forte du jazz. Un producteur ou un musicien s’explique longuement sur la gestation d’un album, de l’harmonie découverte ou/et de l’aventure sonore que représente la réunion de l’artiste et de son groupe talentueux.
On en trouve dans certains albums de Herbie Hancock, pianiste de génie. Dans trois ans, on fêtera ses cinquante ans de carrière solo. Il a respecté les conventions avant de les détourner et se les réapproprier.
Pour "River", pas de note d’intention. Dans le livret, juste des photos de l’artiste toujours caché derrière ses lunettes noires. De toute façon tout est dans le titre. River : the Joni letters.
Le pianiste reprend donc des titres de son amie, la musicienne et peintre Joni Mitchell. Le disque sortira le jour même du nouvel album de la Canadienne aux Etats Unis.
Il provoque en tout cas les mêmes effets que l’œuvre de la chanteuse. Une impressionnante grâce s’échappe de ses reprises très classiques dans l’exécution. Hancock invite le folk au pays du jazz et interprète de beaux et longs morceaux de jazz.
Il a aussi la bonne idée d’inviter des stars plutôt rares. Norah Jones amène de la jeunesse mais on restera scotché par la présence de Tina Turner et Leonard Cohen. Les vieux monuments de la musique dégagent une sensibilité qui va très bien aux reprises.
De plus Hancock retrouve son vieux complice Wayne Shorter et se laisse aller à l’hommage en compagnie de musiciens exceptionnels comme Dave Holland ou Lionel Houeke.
Avec tout ce beau monde, le disque transperce le cœur. Hancock, habitué à fouiller dans les autres styles musicaux, parvient à lier la pop au jazz. Sincère, la musique de Mitchell, devient lyrique et ouverte.
Hancock y trouve la place d’exprimer son talent gigantesque et de noyer la technicité dans des compositions mélodieuses et intimes. Les lettres de Joni sont d’une musicalité rare donc précieuse. C'est un prix Nobel qu'il fallait remettre à cette inestimable galette.