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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Reviens-moi

Reviens-moi

Joe WRIGHT

Avec Keira Knightley, James McAvoy, Brenda Blethyn et Romola Garai Studio Canal - 9 janvier 2007 - 2h03

Et ta critique ?




Voir Keira Knightley en nuisette sortant d’une fontaine vaut-il la peine de subir un film romantique d’époque afin d’accompagner sa bien-aimée admirer James McAvoy déclamer épistolairement son amour ? Pas sûr.


Une belle famille de l’aristocratie anglaise coule des jours heureux en se prélassant au bord d’une piscine loin de l’agitation du monde. La grande sœur joue au chat et à la souris avec le cœur du fils d’une domestique. La petite sœur vient de terminer sa première pièce de théâtre à 11 ans. L’oncle, patron d’une fabrique de chocolat, vient rendre visite à tout ce beau monde.

Tout irait bien si nous n’étions pas en 1939 et que l’oncle en question n’était pas un prédateur sexuel de la pire espèce. En résumé, l’aînée va finir par succomber au charme du beau roturier, la cadette va en être jalouse, l’oncle va porter ses élans immoraux contre une cousine de passage, la cadette va accuser à tort (par un acte de vengeance inconsciente) le roturier d’être le pédophile, ce dernier va choisir de partir au front plutôt que croupir dans les geôles britanniques. Au bout du compte, tout le monde est malheureux et le film peut enfin commencer.

Alors que l’ombre de la seconde guerre mondiale plane sur la tranquillité de ces bourgeois, nous allons suivre le destin de tous les protagonistes loin des grandes maisons où fleurent bon les accents de la haute société. Même si la vérité sera révélée bien des années après, le mal a été fait et ne pourra être effacé.

« Reviens-moi » est un drame en costume qui côtoie dangereusement la bluette naïve un tantinet soporifique. C’est dire s’il faut s’attendre à un excès de pathos, inhérent au genre, qui devient pénible. On aurait pu facilement s’épargner le sanglot des violons et les appels aux mouchoirs pour rendre le tout moins terne et plus original, en un mot, plus humain.

Les allers-retours qui mélangent les pays et les périodes font plus croire à l’incapacité du réalisateur à gérer le temps et l’espace qu’à un exercice de style. Les scènes sur le front sont réussies mais font un peu hors sujet pour une histoire d’amour assez légère. Enfin, si le thème sonore et visuel de la machine à écrire (la narratrice et plus jeune des sœurs, deviendra écrivain après la guerre) est assez intéressant, il est dommage que cela n’apporte rien à un récit trop bancal.

Capitalisant sur le fantasme classique du soldat et de l’infirmière, ce long-métrage n’échappe pas à la mièvrerie malgré un réalisme qui pourra heurter les âmes les plus sensibles. Ainsi, quelques scènes de boucherie (enfin, d’hôpital pour être précis) sont très dures. On croirait presque à un stratagème du metteur en scène pour envoyer le signal au public masculin de prendre sa moitié dans ses bras. On oubliera vite cette incartade du réalisateur d’une très bonne adaptation d’Orgueils et Préjugés de Jane Austen.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 10/01/2008