Traduit et joué dans le monde entier, Jon Fosse offre, dans Rêve d’automne, un voyage hors du temps, loin du monde, avec une histoire où l’amour et l’espoir n’en finissent pas de naître, mourir et ressusciter.
Un cimetière de bord de mer, une belle journée d’automne, un homme (Yann Collette) et une femme (Irène Jacob) qui se (re)trouvent par hasard dans cet endroit improbable... Ils se sont connus et aimés par le passé. La vie les a séparé et, ironiquement, c’est la mort qui semble devoir les réunir à nouveau. S’engage un dialogue d’abord hésitant, anodin, un peu gêné... Comment renouer un lien rompu vingt ans plus tôt ? Comment redevenir celui/celle que l’on était à l’époque ? Lui est marié et père d’un grand fils déjà adulte. Elle est célibataire, mais son existence n’a sans doute pas toujours été très simple.
Une heure quarante durant, ces deux-là vont s’apprivoiser, apprivoiser les autres, passer d’une époque à une autre, se projeter dans leur avenir et revenir au présent sans que jamais le spectateur ne perde une miette du drame humain qui se joue sous ses yeux.
Le mérite en revient largement au texte hypnotique de Jon Fosse et à la mise en scène austère mais intense de David Géry.
Le texte d’abord, d’un auteur norvégien contemporain, à l’oeuvre dense, mais encore peu jouée en France même si elle est traduite dans une trentaine de langues. Un auteur solitaire, aussi, qui se montre peu parce qu’il “a besoin de tout son temps pour écrire, car écrire, comme rêver, prend du temps.” Et c’est bien dans un rêve (d’automne) qu’il nous entraîne avec cette pièce à la poésie vénéneuse, lente à faire son oeuvre, mais bientôt envoûtante puis poignante.
Le décor et la mise en scène ne sont pas non plus étrangers à l’efficacité des “incantations” offertes par Jon Fosse à ses acteurs. Cinq pierres tombales rigoureusement alignées, une sculpture monolithique verticale directement inspirée des Monumenta de Richard Serra, un banc pierre installé en diagonale sur un parterre de gravier... Dans cet espace soigneusement éclairé au gré des situations, les cinq acteurs de ce drame profond et universel vont se croiser et s’entrechoquer. S’affronter au plus intime de leurs sentiments, de leurs attractions et de leurs rejets.
Cinq acteurs qui s’approprient cette palette d’émotions avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de conviction, plus ou moins de justesse lors de ces premières représentations. Une troupe qui peut toutefois compter sur l’extraordinaire abattage d’une Judith Magre époustouflante de bout en bout et qui semble parfois porter à elle seule tout le poids de ce texte atypique.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 30/09/2008