Bien connu des militants de la cause homosexuelle, l’universitaire Didier Eribon offre ici un ouvrage plus intime et personnel, un éclairage différent sur la question gay, à partir de son vécu social.
Didier Eribon est né dans une famille d’ouvriers à Reims et en a longtemps eu honte. Il a dû faire face à deux problèmes durant ses études : son origine sociale et son orientation sexuelle.
Dans les années 1970, tout le monde le sait, être homo n’était pas chose aisée en France. Mais sortir de son milieu, cela ne semblait pas plus simple. Cela dit, on n’en parlait pas ou très peu. Les jeunes bourgeois étaient maoïstes, tout ce petit monde votait à gauche sans savoir ce que signifiait véritablement être issu du peuple.
Alors, le jeune homme, qui a fait de belles études et est monté à Paris, s’est tu, caché. Et c’est ça, la plus grande surprise de ce livre.
Eribon s’affirme depuis longtemps déjà comme l’un des représentants de la question gay, on l’a lu, vu, entendu partout. Mais jamais il n’a parlé du conditionnement, du concept d’endogamie. De sa vie, en somme, de l’absence de rapports entre lui et son père, ouvrier, raciste et homophobe. Du manque d'intérêt, les années passant, et la vie les éloignant, pour ses frères et leur famille.
Dans cet ouvrage aux nombreuses (trop nombreuses ?) références philosophiques, c’est le sociologue qui analyse et dissèque les ressorts de notre société. Il fait d’ailleurs un constat assez amer : aujourd’hui encore, les enfants d’ouvriers sont un peu relégués sur des voies de garage, étudient l’espagnol au lieu de l’allemand, ne continuent pas trop longtemps après le bac. La France reste un pays où les classes sociales ne se mélangent pas trop, quoi qu’on en dise.
Et, finalement, n’est-ce pas l’obligation de vivre au grand jour, d’affirmer son homosexualité, et les opportunités que ce désir-là lui a offert qui lui ont permis de fuir un milieu étouffant .
Car les clichés sur le monde ouvrier, les chants de l’extrême gauche et les livres de certains philosophes sont pour lui bien éloignés d’une certaine réalité.
Ouvrage sensible, juste, parfois dérangeant, il est malheureusement un peu pontifiant : phrases trop longues, alambiquées, défaut universitaire, que sais-je. Mais c’est avant tout un très beau témoignage sur un vécu, une époque où être homo à Paris, c’était encore être un sale pédé. Et encore plus en province et dans certains milieux.
Ce n’est pas si loin, finalement…
Marie Leon
© Etat-critique.com - 12/02/2010