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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Repo Men

Repo Men

Miguel SAPOSCHNIK

Avec Jude Law, Alice Braga, Forest Whitaker et Liev Schrieber - Universal - 2010

Et ta critique ?




Enfin de la science fiction qui parle de notre présent. Maladroit mais très jubilatoire, Repo Men nous venge de toutes les âneries de science fiction offertes par Hollywood !


Sorti à la sauvette durant l’été 2010, Repo Men est une oeuvre respectable, autant qu'Inception, grand gagnant de l'été 2010. Voici un film de science fiction qui réalise ce que l’on attend du genre : extrapoler notre quotidien, mettre en avant nos névroses et nos folies, proposer un futur fantasmé. Secouer le spectateur!

De la vraie science fiction qui ne va pas nous chatouiller dans le bon sens du poil. On ne sait pas si c’est la crise des subprimes qui a influencé l’écriture du scénario. Pourtant Repo Men prend au pied de la lettre le terme : vivre à crédit !

Une entreprise tentaculaire, l’Union, prospère en proposant des achats à crédits sur des organes artificiels. Pour acheter une voiture ou pour s’offrir une maison, on fait un crédit. Pour avoir un nouveau cœur, un nouveau pancréas ou de belles et propres oreilles, on prend un crédit.

Remy s’occupe des mauvais payeurs. On vous retire votre bien si vous n’arrivez plus à payer votre dette. Il fait pareil. Il débarque chez vous et reprend le bien de l’Union. Evidemment l’opération est un peu salissante mais elle est légale…

Les scrupules n’atteignent plus Remy et son ami d’enfance, Jake. Marié, père d’un enfant, Remy a la belle vie jusqu’au jour où il se retrouve avec un cœur artificiel ! Suite à un accident, il n’a pas le choix de porter un appareil mais il perd le goût du travail bien fait…

Très vite, il s’oppose à sa direction et dans ce genre de cas, le licenciement ne se fait pas dans une ambiance feutrée. Le film malmène le spectateur. Produit par un gros studio, c’est étonnant de voir un film aussi virulent à l’égard de l’American way of life. Ca fait plaisir !

Hélas le film a beaucoup de défauts. A commencer par une intrigue qui s’étire un peu trop. Le film tombe en léthargie dans une seconde partie peu maîtrisée avant un final tout simplement épique et courageux.

On se souviendra avec joie des dernières vingt minutes de film. Un grand moment hard boiled, où ca ne lésine pas sur l’hémoglobine et les idées déviantes (et saignantes). On est ravi de voir une star comme Jude Law se lancer dans une entreprise aussi bizarre !

Le réalisateur Miguel Sapochnik a peut être des problèmes de rythme et même de personnages (peu crédible,  l’histoire d’amour avec une rebelle) mais il maintient toute la subversion de sujet, décrivant une société mercantiliste jusque dans la mort.

C’est franchement étrange. Il n’est pas étonnant que le film fut un bide à sa sortie. Déconcertant, il évite d’être un gadget hollywoodien (haa les canif’robots de Transformers ou les sauts dans la réalité de Inception) et propose un miroir déformant et violent de nos sociétés. C’est de la sf qui fait son boulot. Pour cela, Repo Men est un film très respectable ! A découvrir

PS : c’est un film très très violent aussi à découvrir loin des enfants et même des adolescents.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 18/02/2011