Avec Release the stars, Rufus Wainwright nous rappelle qu’il est l’un des plus grand compositeurs de chansons mélodiques de ce début de 21ème siècle. Il vous ravira sauf si vous préférez Mireille Mathieu ou Michèle Torr...
S’il y a un surnom qui conviendrait pour rendre compte des multiples talents musicaux de Rufus Wainwright, « le petit prince » lui condrait bien.
Vous me direz : avec la famille qui est la sienne, c’est normal qu’il affiche des dons au-dessus de la moyenne. Maman Kate fait partie d’un duo de chanteuses (avec sa sœur Anna) que Nick Cave a convoqué aux chœurs d’un de ses albums. Papa Loudon est acteur et chanteur. Ceux qui connaissent ses textes disent qu’il est le Woody Allen du Rock and Folk . Sa sœur Martha a sorti l’année dernière un album tripal et enthousiasmant.
Mais contrairement au paragraphe précédent, le talent n’est pas atavique. Paul Belmondo n’est pas un acteur aussi charismatique que son papa. Et Arnaud Poivre d’Arvor n’est pas prêt de présenter le 20 heures, si ce n’est dans sa salle de bains.
Vivre dans un univers où la musique est la chose la plus importante du monde, a peut-être aidé Rufus à approfondir sa passion.
Venons-en maintenant au cinquième album de notre homme, sorti ces jours, Release the stars. Rufus a quitté les Etats-Unis pour venir vivre en Allemagne, à Berlin. Pour la première fois son disque est produit par lui-même.
Au départ, il voulait faire un album au son plus direct, moins travaillé. Mais cet homme a un don, il est le Mozart de la chanson pop et ne peut s’empécher de transformer la moindre chanson en opéra baroque où résonnent les trompettes, les cuivres et tous les arpèges imaginables.
A l’arrivée, notre petit prince a donné vie à douze titres d’une richesse inépuisable dans lesquels sa voix pointue virevolte. Des influences classsiques (Debussy, Ravel) innervent comme autant d’influences, des mélodies qui ne se retiennnent pas, se laissent aller, se laissent vivre et vous transportent au nirvana, dans un acmé de sensations. Eh oui, rien de moins !
Pour vous donner une idée, Rufus Wainwright fait de plus en plus penser à Neil Hannon de The Divine Comedy. Un Neil Hannon Gay et bien dans sa peau qui serait passé du côté radieux de la force.
Et pourtant, au-delà de la chatoyance des thèmes musicaux, Rufus évoque le départ, la solitude et autres états dans lequel se trouve l’exilé. Going to a town dit son fait aux Etats-Unis où l’air est devenu irrespirable pour qui aspire à la liberté et à la créativité.
Seuls les Grands peuvent transformer leurs tristesses en pépites auditives. Release the stars est le plus bel album qu’on puisse écouter depuis un bout de temps.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 23/06/2007