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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Reign in Blood

Reign in Blood

. SLAYER

(Def Jam - 1986)

Et ta critique ?




Pinacle du hard extrême, apogée du speed metal, ce « snuff record » produit par Rick Rubin est une plongée horrifique, fascinante et musicalement très aboutie dans un monde de violence et de douleur. Viscéral.


Au milieu des années 1980, le heavy metal (ex-hard rock), devenait de plus en plus rapide. Alors que les jeunes Noirs avaient découvert le rap hardcore, toute une génération d’Américains (et Européens) blancs, parfois déshérités mais pas toujours, trouvaient avec le trash metal un moyen d’exprimer leur rage et de faire passer – ou perdurer - leur adolescence.

Metallica, Megadeth ou Anthrax avaient déjà commencé à repousser les limites. La rencontre de Slayer, groupe d’hallucinés (et très techniques) musiciens californiens, avec le producteur Rick Rubin allait produire un des albums les plus vénérés (ou haïs) du rock extrême. Le son est clair, distinct, épuré, les chansons courtes, le tout est expédié en moins d’une demi-heure. Un album aiguisé comme une lame, tranchant, et rapide comme la mort. 29 minutes démentielles, une véritable expérience sonore pour l’auditeur.

Riffs acérés, batterie véloce, solos hurlant comme des cris de suppliciés. Le niveau technique est impressionnant, les chansons très construites, débarrassées pour la plupart de la rengaine couplet-refrain. Rubin, ex-punk, a su apporter au metal le dépouillement et le côté « prends ça dans la face » du punk hardcore de la Côte Ouest.

Et puis, bien sûr, il y a les textes. Slayer avait déjà donné dans le satanisme avec son précédent opus Hell Awaits. Il leur fallait faire pire : faire descendre l’enfer sur terre.
Et quelle a été l’incarnation du mal absolu au XXe siècle ?
La réponse est dans les premiers mots d’ Angel of Death , qui ouvre les hostilités : « Auschwitz, the meaning of pain ». Chanson consacrée au médecin SS Josef Mengele et à ses pseudo expériences scientifiques, qui bien sûr fait immédiatement scandale. Le groupe se défend (mollement) d’être pronazi, mais en rajoute un max avec un logo inspiré de l’esthétique SS. Provocation plus que réelle conviction politique : Slayer s’est fait une spécialité de s’emparer de tout ce qui choque pour alimenter la controverse, communisme, nazisme, satanisme, serial killers et après 2001, jihad.

Album concept sur le mal, sans aucune pause ni accalmie, "Reign In Blood" fonctionne dans son écriture par flashes, par visions morbides, comme des éclairs dans la nuit illuminent soudain une scène horrifique. : on est dans l’esprit dérangé d’un serial killer sur  Piece By Piece  ou  Criminally Insane, on apprend tout sur la torture, les épidémies, sur la futilité de la religion ( Jesus Saves ).

La musique, quand à elle, fonctionne comme un flot ininterrompu, comme une seule chanson La pochette, inspirée par Bosch montre un Satan à tête de bouc assis sur une chaise à porteurs portée par les membres du groupe, les pieds dans une mer de sang où flottent les suppliciés.

En dépit cette débauche gore qui pourrait prêter à sourire (voire à ricaner), l’album fait vraiment peur.
Les métalleux ne s’y sont pas trompés : ils considèrent ce disque fascinant comme un des sommets du genre, avec le "Master of Puppets" de Metallica.



Nicolas Lejeune

© Etat-critique.com - 13/11/2011