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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Regarde moi

Regarde moi

Audrey ESTROUGO

Emilie de Preissac, Terry Nimajimbe, Salomé Stévenin et Fatimata Eye Haidara Gaumont distribution - 26 septembre 2007 - 1h32

Et ta critique ?




Le film de cité devient un genre à part où la société marginale que représente le microcosme banlieusard est rarement dépeinte sans clichés. Le regard n’est pas neuf, certes, mais il est juste, réaliste et original.


Nous sommes dans une banlieue parisienne. Si le lieu de tournage est identifiable, elle demeure semblable à n’importe quelle autre pour le regard extérieur. Les cages d’escaliers arborent les outrages du temps et les signes de la créativité des aficionados de la bombe de peinture. Les appartements, rarement salubres, témoignent des allées et venues de locataires anonymes.

Et au milieu de tout cela, des individus de l’espèce médiatico-sensationelle appelée jeune de banlieue difficile évoluent sur des orbites qui ont tendance à les ramener fatalement sur la terre ferme. Ils s’habillent en survêtements de marques, ils parlent dans un langage oscillant entre néologismes ethniques et insultes affectives, ils jugent la société comme elle se permet de les juger, eux.

Mais s’ils parlent à visage découvert, sans floutage faussement pudique ou déguisement vocal, ce n’est pas pour vomir la haine qu’on leur prête si facilement. Ils vivent, tout simplement, et ils veulent le faire savoir. La réalisation en allers-retours pour suivre le chemin de chacun a beau être classique, elle apporte ici un réel atout à la narration et fait souffler un vent de fraîcheur salvateur sur une histoire complexe.

Le pari était risqué : mélanger l’amour et l’amitié, valeurs que l’on se refuse à évoquer dans un contexte de crise, aux confrontations communautaristes et à une « violence » ordinaire ne fait pas partie des images d’Epinal dont se délectent les observateurs étrangers et malheureusement nationaux. Cette violence, ni gratuite, ni justifiée, dont l’omniprésence trouve un troublant écho en nous se heurte à la souffrance et au malaise social.

Servi par des acteurs dont la conviction n’a d’égal que le talent naissant, cette fresque de la vie normale ne donne pas à réfléchir. Elle donne à voir des choses différentes, presque choquantes face à un formatage systématique que l’on ne sait évoquer autrement que par le terme d’informations télévisées. Il faut croire qu’à force de manipuler la réalité, elle ne peut plus dépasser la fiction. Alors, autant alors se tourner vers cette dernière.

Il faut espérer que L’Esquive, dont le César avait une vocation plus politique qu’artistique, ne fera pas d’ombre à une œuvre plus authentique, sincère, drôle et pourtant si dure comme celle-ci. Le bonheur n’est pas que dans le pré et il y a de la vie au delà du boulevard périphérique.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 07/10/2007