A-t-on déjà tout dit sur la guerre en Irak? S’il y a fort à parier que de nombreux films traiteront du sujet dans les décennies à venir (comme ce fut le cas pour le Vietnam), celui-ci risque de bien de se démarquer de ses concurrents actuels.
Tenter d’accomplir un devoir de mémoire alors que les plaies de l’Histoire ne sont pas refermées est un exercice périlleux. Le risque de partir dans une croisade sur des arguments fallacieux est grand, et nombreux sont ceux qui s’y sont brûlés les ailes.
Alors, face à une charge contre la censure des médias orchestrée par les pouvoirs en place, la prise de recul est indispensable.
A trop vouloir dénoncer la réécriture d’une Histoire que personne ne veut regarder en face, il faut faire attention au médium que l’on choisit. Brian de Palma a pourtant opté pour la fiction afin de se consacrer à son sujet. Partant d’un fait réel camouflé par les autorités militaires (le viol d’une mineure et le meurtre de ses parents par des GI), il va imaginer ce qui a pu se passer avant, pendant et après.
On entre donc dans le sujet par le journal de bord d’un combattant de la liberté et de la démocratie, qui présente son unité (une bande de trouffions répondant à tous les stéréotypes possibles et imaginables, de l’humour collégial au machisme débordant) afin d’archiver la vérité autoproclamée du front de guerre. C’est à se demander si le trait n’est pas forcé pour rendre l’histoire paradoxalement plus crédible.
On poursuit par un documentaire français qui raconte le quotidien d’un point de contrôle gardé par les soldats que nous venons de rencontrer. Le ridicule est souligné par tellement de sarcasme que le choix de la France semble lié à l’adhésion à un sentiment d’anti-américanisme primaire.
Alternant ces séquences avec des enregistrements de terroristes, des blogs vidéos, des archives de caméras de surveillance et des reportages télévisés, on en vient à se demander si la multiplication des points de vue n’est pas une manière de se dédouaner d’un parti pris mal assumé. De plus, et bien qu’ils soient intéressants, les différents styles de narration et de mise en scène sont trop homogènes pour faire ressentir les spécificités du genre concerné. Et c’est la crédibilité qui prend un coup supplémentaire.
Malgré tout, le propos bénéficie grandement de la subjectivité de tous les participants à ce bourbier irakien. Et c’est au moment où l’on s’habitue au rythme du discours, que le long-métrage bascule complètement. On sort de la broderie fantasque pour entrer de plain-pied dans l’événement principal. Le choix d’avoir traité ce viol avec autant de distance que précédemment lui donne une dimension surréelle qui occupe l’occupe l’espace, rend l’air vicié et l’ambiance malsaine.
Le spectateur prostré dans son impuissance à influer sur un acte prémédité le rend encore plus captif du récit. L’empathie (quel que soit la personne sur qui elle se porte) rend le tout aussi intéressant que perturbant à suivre et à conclure.
Sans aider l’objectif à priori, la cruauté et la barbarie font partie de ce film comme elles font partie de l’humanité. Reste cet aveu d’impuissance généralisé face à des événements que l’on ne peut contrôler, seulement à espérer que la vérité triomphe. A déconseiller aux âmes sensibles.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 22/02/2008