Sombre, ambitieux et complexe, ce retour à la réalisation de Robert de Niro après 13 ans d’absence est une réussite même s’il n’échappe pas aux défauts des films d’espionnage : longs et verbeux.
De la création de la CIA après la seconde guerre mondiale jusqu’à l’échec retentissant de l’attaque de la Baie des Cochons en 1962, le contre-espionnage américain a souvent donné matière à des films plus ou moins fantasques. Celui-ci se concentre sur la vie d’un seul personnage, inspiré du réel fondateur de la section Counterintelligence de la CIA, pour apporter un regard sobre et réaliste sur la période trouble que fut la guerre froide.
De son enrôlement dans une société secrète de l’une des plus grande université américaine à l’aboutissement de son enquête pour trouver la taupe à l’origine de la débâcle précitée, Edward Wilson va évoluer sous le microscope éminemment précis du réalisateur. Cette dissection permet non seulement de décrypter des événements et des mécanismes peu intelligibles autrement, mais aussi d’ajouter une force psychologique en se concentrant aussi sur l’humain.
Car les films d’espionnage donnent rarement à réfléchir sur cet aspect, préférant présenter des surhommes lisses et sans problèmes. Ici chaque traîtrise et chaque moment de traîtrise revêtent immédiatement une dimension personnelle. L’intérêt général n’est esquissé que comme un paysage dans lequel évoluent les protagonistes.
Il s’agit là d’un réel exploit que de s’affranchir d’une trame historique complexe à digérer.
Malheureusement, à force de ne se concentrer que sur la seule psychologie, le dynamisme en pâtit. Non pas que l’action ne soit pas présente, elle est justement très bien dosée pour accompagner le propos. Mais l’apathie et le désarroi de notre anti-héros se transmettent trop facilement au spectateur.
La qualité de ce défaut réside dans l’interprétation sans faute de Matt Damon (qui remplaçait un Leonardo DiCaprio affairé ailleurs) et de partenaires convaincants, femmes en tête (Angelina Jolie et Tammy Blanchard). Tout ce petit monde est dirigé de main de maître par un Robert de Niro qui ne cherche pas à renouveler le genre mais à lui rendre ses lettres de noblesse.
Raisons d’Etat est donc une bonne immersion dans le monde trop idéalisé des espions et consorts en évitant la faute de goût d’un patriotisme exubérant. A condition d’aimer un certain cinéma qui sait prendre son temps.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 02/07/2007