Bien loin de l’univers électro-torturé de Radiohead, quelques artistes jamaïcains se sont approprié le chef d’œuvre du groupe anglais pour lui donner des couleurs plus roots. La copie non conforme n’a pas à rougir face à l’original !
Après avoir interprété tout en reggae, le disque des Pink Floyd, Dark side of the moon, les musiciens du studio Easy stars revisitent un autre groupe anxieux et surdoué, Radiohead. Ils s’emparent ainsi de Ok computer, classique du groupe et de la pop britannique en général.
Au début, cela fait plutôt sourire. Les versions sound system des chansons de Thorn Yorke deviennent des petits coins de nature ensoleillés, presque exotiques et parfaitement fréquentables. Certains morceaux s’approprient les hits avec une personnalité si forte qu’on en oublierait les origines musicales.
Le disque de Radiohead était un labyrinthe un peu angoissant et complètement hypnotique. Il contient, avec cet album, une noirceur plus nonchalante mais irrésistible. Les cuivres remplacent idéalement les bidouillages électroniques. Les orchestrations toutes naturelles permettent de vraiment redécouvrir l’album original.
La qualité du disque c’est aussi de couvrir un prisme roots très large. On appréciera que le ska, le dub et le reggae se partagent les titres. Les nuances entre les genres jamaïcains se substituent parfaitement aux délicates compositions de Radiohead.
L’entreprise parodique devient alors une version alternative du voyage offert par l’original. Le folkore reggae s’éparpille en talents multiples (dont les inamovibles Toots & the Maytals, Horace Andy ou Israel Vibration) et brise rapidement ces propres clichés. Radiodread se nourrit d’une très grande ouverture d’esprit.
Des idées ingénieuses apparaissent dans chaque chanson. Tous les titres se refusent à la facilité. Sur une base toute britannique, le reggae et se dérivés se réinventent avec beaucoup de noblesse et d’hardiesse. Bref, ce tribute album a du style mais va bien plus loin que l’exercice.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 19/12/2007