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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Rachel se marie

Rachel se marie

Jonathan DEMME

Avec Anne Athaway, Rosemarie DeWitt, Bill Irwin et Debra Winger - Sony pictures classics - 2008

Et ta critique ?




Famille je te hais. Voici le cri du cœur qui s’entend dans ce mélodrame réussi qui nous réconcilie avec un auteur trop sous-estimé.


Jonathan Demme est un auteur attachant. Débutant chez Roger Corman, il a réussi à s’imposer à Hollywood avec Le silence des agneaux, thriller qui lancera la mode des serial killers.

A partir de ce film oscarisé, il y a eu erreur sur la personne. Jonathan Demme n’est pas un réalisateur américain typique. Il n’a pas vraiment de plan de carrière. Il a surtout des idées décapantes.

Il aime se confronter à des genres et tenter de ne pas se laisser aller aux habitudes. Cela marche parfois (Veuve mais pas trop, Beloved). Ca peut être aussi catastrophique. Ces deux derniers film, La vérité sur Charlie et Un crime dans la tête, furent épouvantables de maladresses.

Il a tout de même le grand mérite d’être un touche à tout. Il assume ses choix et ne fait jamais dans la demi mesure. Après s’être refait une santé dans le documentaire, il se lance dans Rachel se marie avec une idée forte et casse gueule : l’improvisation.

C’est donc caméra à l’épaule qu’il suit la sombre Kym. Farouche au regard charbonneux, elle quitte sa cure de désintoxication pour assister au mariage de sa grande sœur, sage et souriante.

La cigarette au bec, la jeune femme porte sur elle le poids d’une famille déchirée, endeuillé par la mort d’un enfant. Sa sœur contient mal sa rancœur tandis que les parents sauvent comme ils peuvent les apparences.

La caméra se faufile entre les invités et les festivités pour découvrir une vérité difficile sur une famille un peu bobo, un peu trop propre pour être honnête. Le drame devient donc un suspense haletant autour de quelques individus qui pourraient craquer à tout moment.

Le sens de l’improvisation ne gène en rien une narration fluide et subtile. Demme nous invite à des noces douces amères mais jamais démonstratives. A chaque scène, on devine le vilain mélo qu’aurait pu être Rachel se marie.

Heureusement, il profite de la liberté de ses acteurs. Bien entendu, on découvre que la belle Anne Hathaway peut faire autre chose que des comédies mièvres. Le film donne surtout l’occasion de retrouver la trop rare Debra Winger, qui refuse poliment les rôles depuis plus d’une décennie. Il présente aussi une ribambelle de comédiens excellents et doués.

C’est une œuvre bizarrement dramatique. En toute liberté, Jonathan Demme dépoussière le mélo et saccage la sainte cellule familiale. Son talent est enfin évident. Derrière les aigreurs, la fête du film célèbre un réalisateur décidément passionné et passionnant!



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 19/11/2009