Vincent Delerm vient de sortir son dernier album. « 15 chansons ». 5 auraient suffit.
Delerm est un poète. Un poète matérialiste de la vanité contemporaine capable de trouver du beau et du bon dans la modernité du monde. Heureux qui comme Vincent a fait un beau voyage… En ces temps de vache maigre, l’album fait doucement rigoler et montre toute sa démesure bourgeoise. Une étonnante ataraxie teintée de niaiserie urbaine. Une caricature musicale.
Côté texte, le name-dropping subit une inflation dans toutes ses chansons. Une googlisation de la pensée qui ne connaît pas la crise. Les noms propres ont de l’avenir même si Delerm tente de les transformer en noms communs : Terence, Betty, Allan et Louise, Marcel Duchamp, Godard, Citroën, Peter Falk, Tindersticks, Houellebecq, Martin Parr, François de Roubaix, Courbevoie, Porte Maillot, Peugeot, Ken Loach, France 3, France-Angleterre, Dewaere, Bougrain-Dubourg, Max Gallo, Marc Lévy, Kundera, Lucile, Shea stadium, Life, Michoko, Michelin, Montauban, Léonard Cohen, Patrick Vieira, Quechua, LCR, Berlin, Chatelet, Denfert, Wayne Rooney, Mickey, Happy Mondays, Bataclan , Abbé Pierre, Monterey, Scarlett Johanson… Une avalanche de références franglophones qui parasitent l’écoute. Chacun y retrouvera ses petits. Il ne manque plus que Sœur Emmanuelle et Obama ! Peut-être pour le prochain ?... Stop. Achetez un anti-spam Mister Google ! Les mots-clefs n’ont pas toujours d’idée…
Sur des airs guillerets, Vincent nous vante la beauté d’un monde qu’il voit en couleur chop suey. Vincent copie-colle des mots improbables les uns à côté des autres en espérant qu’ils produiront d’eux-mêmes une partition lyrique, malheureusement le cadavre exquis reste souvent moribond. Une alchimie culinaire qui provoque tout juste une indigestion dans des morceaux-verrines de deux minutes trente en moyenne. Mode cuisine-nouvelle, les toques en moins.
Côté musique, avec une tendance à la Béna-barbarisation genre Maritie et Gilbert Carpentier, « Tous les acteurs s’appellent Terence », « Un tacle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat » Mister Google produit plutôt pour notre bonheur des mélodies qui tiennent la route. Cordes, cuivres, et chalalalala vont bon train. Le piano a pris du recul. Rémy Galichet et Jean-Philippe Verdin ont fait un énorme travail d’arrangements. Peter Von Poehl et Christoffer Lundquist aux guitares, Laurent Vernerey à la basse, Denis Benarrosh à la batterie, Albin de la Simone présents sur de nombreux morceaux n’y sont sans doute pas pour rien. Des chœurs viennent souvent en renfort donnant un onirisme qui aide à faire avaler les textes. L’album est donc plutôt paradoxalement réussi côté musique. Reste la voix…
Pas de grand changement coté voix lead. Vincent continue à travailler sa singularité en relevant la dernière syllabe de 2 à 4 tons… ce qui donne à l’ensemble une désagréable répétition mais qui ravira les fans des petites voix. Les textes sont peu audibles. L’intervention de Virginie Aussiètre, Laura Astruc et d’Alka Balbir en lecture sont des bouffées d’oxygène sur « Martine Parr », « Le cœur des voyelleuses bat plus fort pour les volleyeurs » et « From a room ».
Dans ce nouveau volet musical, Vincent persiste donc et signe, créant un déséquilibre entre voix texte et musique. Une égocentrique fusion qui a beaucoup de mal à convaincre. Un luxe du dérisoire qui agacera forcément par son décalage, son apathie matérielle et son appétence urbaine qui tourne en rond. S’imposer aux autres par les chemins de traverse en nous faisant croire que c’est du sérieux ne peut échapper à une forme de pédantisme. « Il n’y a rien de plus ridicule que le sérieux dans les niaiseries » disait Bossuet. Mister Google s’entoure d’autres gens, production oblige, mais cela ne suffit pas. Dommage. Une prose à lire- peut-être pour les fans - mais pas à écouter. Ce n’est pas 15 chansons qu’il fallait produire, Mister Google, pour être cohérent, mais 5.
Guillaume Courteligne
© Etat-critique.com - 17/11/2008