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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Quintet 1965 1968

Quintet 1965 1968

Miles DAVIS

Columbia Legacy/Sony Music - 1998 6 CD

Et ta critique ?




Jazz et bluesy, c'est le son estival d'Etat Critique.Un magnifique coffret qui rassemble l’intégralité des enregistrements du second quintette de Miles Davis : Tony Williams, Herbie Hancock, Ron Carter et Wayne Shorter.


Après avoir survolé des années 50, synonymes de gloires tant commerciales que critiques, Miles se retrouve, au début de la décennie suivante, dans une période de net ralentissement. En effet, les composantes de son fameux sextette, ouvrant l’ère du jazz modal (Kind of blue), ont volé en éclats. Bill Evans, Cannonball Adderlay et surtout John Coltrane sont partis explorer leurs propres voies. De plus, les années 60 voient l’émergence d’un nouveau courant (la « New thing ») porté par Ornette Coleman, courant dont Miles Davis ne cessera de marquer de son mépris.

Pourtant Miles cherche, expérimente diverses formules et ce n’est qu’en 1965 qu’il arrivera à monter le groupe idéal. Il s’agit de ce que l’on appellera le second quintette. Tony Williams à la batterie (il n’a alors que 17 ans lorsque Miles l’engage en 1962), Herbie Hancock (piano), Ron Carter (contrebasse) et Wayne Shorter au saxophone (dernier embauché après une valse des saxophonistes qui aura duré 3 ans). Ce quintette sera, 3 années durant, le laboratoire idéal pour Miles Davis. Ensemble, ils enregistreront six albums que l’on retrouve dans ce coffret (avec plus d’1h30 d’inédits) : ESP, Miles Smiles, Sorcerer, Nefertiti, Miles in the Sky, Filles de Kilimandjaro.

Magnifique objet, ce luxueux coffret regroupe donc tout ce qui a été enregistré par le second quintette entre 1965 et 1968. Il est agrémenté d’un livret de plus de 100 pages, où l’on retrouve l’historique du groupe, de nombreuses photos ainsi que l’analyse des sessions plage par plage.

Emmené par la virtuosité poly-rythmique de Tony Williams et les compositions de Wayne Shorter (pour la plupart), le groupe va jouer un jazz moderne où l’improvisation modale (dont les jalons ont déjà été posés par Miles dès 1959 avec Kind of blue) va être poussée à son paroxysme. Tour à tour extatique, virtuose, tendue, empruntant certains éléments à la musique contemporaine sans jamais être atonale, la musique du quintette se fait le reflet de ces années novatrices et contestataires. Miles déclarera : « Tony était le feu, l’étincelle créatrice, Wayne le concepteur, Ron et Herbie les ancres ».

Miles va déployer ici toute l’étendue de son talent, « virtuose de la non-virtuosité », il va ainsi cultiver avec une aisance rare l’art du silence porté par une sonorité chaude et feutrée. Son influence va s’étendre sur ses musiciens. Wayne Shorter va enrichir son discours et lui apporter un certain lyrisme fait de nuances et de douceurs sans pour autant perdre de son caractère impromptu fait de contrastes. De ses débuts couronnés de succès (Watermelon man), le délicat Herbie Hancock va peu à peu se détacher de ses réflexes bluesy pour tendre vers une intelligence rythmique et harmonique rare où, en peu de notes, il arrive à créer les climats les plus variés.

Toujours soucieux d’être un créateur-novateur, Miles se tourne vers les sonorités électriques des groupes de rock psychédélique et en absorbe certains éléments. C’est ainsi que la musique du quintette va évoluer très rapidement avec l’ajout épisodique d’un guitariste (Joe Beck, George Benson) et vers l’utilisation quasi systématique par Herbie Hancock (à la demande de Miles) de pianos électriques (Wurlitzer ou Fender Rhodes).

Les sessions de Filles de Kilimandjaro sont, quant à elles, marquées par les premiers changements de line-up (avec Dave Holland à la contrebasse et le pianiste Chick Corea). C’est d’ailleurs lors de l’enregistrement de ces sessions que le quintette se sépare, Miles continuant pour sa part ses explorations électriques tout en continuant à changer de personnel (In a silent way, Bitches brew).

Quant à ses anciens compagnons tous ont su développer (avec plus ou moins de succès) leur style : Tony Williams créant avec John McLaughlin le premier groupe de jazz-rock : Lifetime ; Wayne Shorter avec Joe Zawinul fondant Weather Report (pour le meilleur et surtout pour le pire) ; Herbie Hancock et ses Headhunter ouvraient la voie du jazz électro avec 20 ans d’avance. Quant à Ron Carter musicien discret mais des plus efficace, il se « contentera » d’être le contrebassiste le plus enregistré de l’histoire du jazz (plus de 500 disques).


benjamin Dabin

© Etat-critique.com - 29/07/2011