En 1959, Pier Paolo Pasolini a longé pendant plusieurs semaines les côtes italiennes en voiture, et en a tiré un carnet de voyage compilant ses impressions (« La lunga strada di sabbia » / « La longue route de sable »).
Quelque 40 ans plus tard, le belge Gilles Coton a eu la bonne idée de faire à son tour ce périple, et de le filmer. Qui finiscé l’Italia nous donne à voir un magnifique portrait de l’Italie d’aujourd’hui, ponctué d’extraits de La longue route de sable en voix-off, et de courts témoignages d’italiens rencontrés au gré du voyage.
Pas besoin d’être un fin connaisseur de Pasolini, ni un italophile averti pour apprécier ce documentaire beau et humble. Bien que tourné avec très peu de moyens, le film est visuellement, cinématographiquement, réussi. Il y a un vrai sens de l’image chez Gilles Coton, d’autant plus remarquable qu’il s’agit de son premier film et qu’il n’est pas cinéaste « de souche ».
Le réalisateur a suivi des études de philosophie, et force est de reconnaître qu’il est doué pour la maïeutique. Ainsi, le pizzaïolo napolitain nous touche lorsqu’il s’émerveille de la beauté de sa ville (mais déplore aussitôt qu’elle soit jonchée de dépôts d’ordure sauvages !) L’on pourrait reprocher un certain misérabilisme au film qui donne à voir des paysages dévastés et évoque une misère poignante. Ce serait vite oublier que Gilles Coton oppose subtilement la richesse des personnes interrogées avec la vulgarité des médias (la radio qui égrène les faits divers et les résultats du football…).
Si Qui finiscé l’Italia ne flatte pas systématiquement l’Italie dans le sens du chauvinisme, c’est un témoignage beau et attachant d’un pays, et partant d’un continent, qui se laisse un peu trop aller à ses mauvais penchants (xénophobie, banditisme, corruption…) mais qui recèle des pépites pour qui sait prendre son temps.