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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Quelques-uns des cent regrets

Quelques-uns des cent regrets

Philippe CLAUDEL

Editions Stock – 178 pages

Et ta critique ?




Publié avant Les âmes grises, ce roman montre l'étendue du talent de Philippe Claudel.


Les éditions Stock ont réédité en 2007 un livre de Philippe Claudel paru en 2000 chez Balland : Quelques uns des cent regrets. Parfois quand les éditeurs vont rechercher un titre ancien d’un auteur devenu célèbre depuis, cela n’augure rien de bon. Ici, on ne peut que se réjouir de cette initiative qui nous permet de découvrir un roman sobre, juste et émouvant.

Quelques uns des cents regrets est un très beau titre qui résume une légende selon laquelle à chaque blessure, on se fabrique un beau regret qui s’inscrit sur un registre appelé Le livre de dettes. La vie passe de regret en regret, mais chacun n’a le droit qu’à cent regrets, quand le centième est écrit on meurt, "On meurt de ne plus avoir à regretter".

Le narrateur n’a pas encore atteint son centième regret puisqu’il est vivant, mais il porte en lui une très profonde blessure : il revient après seize ans d’absence dans sa ville natale pour enterrer sa mère.

Longtemps il s’est cru le fils d’un aviateur mort au combat en Indochine. Comprenant à 17 ans qu’il s’agit d’un mensonge et ne pouvant affronter le mystère de ses origines que sa mère refuse de lui révéler, il part sur un coup de colère sans se retourner. Plusieurs fois il est tenté de revenir, "mais le chemin me paraissait si long. Quel aurait été son premier mot ? et le mien ? […] L’âge adulte a des pudeurs qui ne sont que des hontes déguisées."

Le retour dans sa ville natale où personne ne le reconnaît est empreint de nostalgie, mais aucun pathos larmoyant ne vient endiguer notre émotion.

Philippe Claudel a le sens du détail et du mot juste. Les personnages secondaires nous deviennent familiers en quelques phrases : Joss Sanglard l’hôtelier ruiné qui a investi sa retraite dans l’Hôtel de l’Industrie au moment où toutes les usines ont commencé à fermer, Spielstein l’employé des pompes funèbres, Bransu le chauffeur de car...

Philippe Claudel aime les petites gens et il nous les décrit avec une rare sensibilité.

La petite fille de M. Linh avec son histoire touchante, mais trop simpliste et mal ficelée nous avait déçus. La lecture de Quelques uns des cent regrets nous réconcilie avec cet auteur de talent à l’écriture soignée et qui sait nous conter l’âme humaine dans ce qu’elle a de pire ou de meilleur.


Véronique Cazaubiel

© Etat-critique.com - 17/01/2008