Jacques Weber et Bénabar seuls sur un banc de sable. Improbable rencontre pour un texte qui nous plonge dans l’ennui. Un naufrage.
La rencontre aurait pu être belle. Jacques Weber est présent et tient le plateau d’une main de maître, avec l’assurance et la force du comédien qui a traversé bien des tempêtes. Une vie enrichie de regards croisés et de rencontres. Son imposante silhouette donne à la prestation un charme évident. Weber se balade ; l’oeil pétillant et le visage expressif quand il le faut pour relancer l’action.
Bénabar joue le jeune premier. La gueule d’ange, avec peu d’intériorité, renvoie la réplique justement comme un gosse heureux d’être sur scène. Un personnage fade, lisse.
Mais voilà, le texte ennuie. Ce qui aurait pu être un huis clos générateur de tensions finit comme en naufrage. Il y a bien quelques mots sur l’absurdité de la relation humaine avec le téléphone mobile et un moment mémorable sur un calcul d’une belle excentricité. Mais soudain l’intrigue bascule dans la banalité et des faits d’une mortelle insipidité. Il est question de tueur et de chef d'entreprise. Des événements que les têtes d’affiche défendent comme elles le peuvent.
Alors le spectateur s’endort devant cette plage pleine de questions futiles. La houle n’y est pas. Trop faible pour être poétique pas assez énergique pour tomber dans la comédie. On est très loin d’un théâtre de l’absurde, de la loufoquerie d’un Pinter ou d’une esthétique abstraite à la Beckett. Le temps pèse par défaut. 30 minutes de trop. On en vient à se demander comment ce texte a pu être programmé...
Weber salue humblement. Seul Bénabar semble heureux de la prestation. Le voilà qui salue comme à la fin d’un concert, sourire, main sur le coeur et regard dans la salle (-Il y a quelqu'un que j'connais ?). Le public, lui, se réveille avec un sentiment de raté et de temps perdu. Dommage.
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Courteligne
© Etat-critique.com - 15/03/2011