En 1975, sort une chanson qui va bouleverser à jamais l’univers de la pop musique. Long de 6 minutes, Bohemian Rhapsody est un chef d’œuvre unique, mixture magique à base de fleur d’opéra, de mélodie romantique, de rock dur et de paroles énigmatiques, dans une interprétation d’une extrême brillance. On trouve cette pièce d’orfèvrerie sertie dans un extraordinaire album immaculé, 'A night at the Opera', formidable melting-pot musical, génial d’un bout à l’autre.Mais nous en parlerons une autre fois.
Aujourd'hui, nous nous concentrerons sur la genèse, dont un des piliers fondateurs est cet album "Queen II" .
À la base, un groupe de hard-rock sans grande originalité et assez bruyant : Smile. Il est composé de Brian May (guitariste-étudiant astronome), Roger Taylor (batteur-étudiant dentiste) et de Tim Staffel (chanteur-étudiant glandeur).
Une sorte de ouistiti au prognathisme prononcé les suit partout. D’origine iranienne, né à Zanzibar et élevé en Inde, il s’appelle Farookh Bulsara. Il passe son temps à leur donner des conseils dont l’originalité, la folie et la démesure ne trouvent qu’un faible écho auprès des très discrets May et Taylor.
Au départ de Tim Staffel (peu confiant dans l’avenir de Smile), Bulsara prend sa place ainsi que les commandes du groupe qu’il débaptise pour Queen, au grand dam de ses compères ("queen", ça veut aussi dire « tapette » en anglais populaire), fascinés toutefois par l’impressionnante fertilité créatrice de celui qui a choisi pour nom de scène Freddie Mercury. On embauche un bassiste, John Deacon.
Queen est donc né, en 1971, et c’est Freddie lui-même qui en dessine les fameuses armoiries à base des signes zodiacaux des 4 membres. Un premier album éponyme et lourdingue (composé principalement de morceaux de la période Smile) voit malheureusement le jour en 1973. Ratage qui va donner à Mercury tous les pouvoirs en matière de direction artistique : exigence, brio, démesure et originalité seront dorénavant les marques de fabrique de l’œuvre du groupe.
Freddie Mercury est un artiste complet. Bercé depuis l’enfance par l’Opéra et le bel canto, il a pour idoles Jimmy Hendrix, le danseur Nijinski et Liza Minelli. Alors la musique qu’il va créer pour Queen ne sera pas du simple rock. Il y aura aussi des choeurs, des harmonies, du clavecin, de l’harmonium, de la guitare cinglante, du bruit, de la folie, des cris, de la mise en scène, des histoires, du chiqué, de la frime, de la tendresse, de l’émotion... Du spectacle, quoi !
L’album « Queen II », sorti en 1974, contient pour la première fois tous ces ingrédients qui mèneront Queen au sommet de l’art musical populaire et au panthéon de l’histoire du rock. Et c’est en cela qu’il est passionnant à écouter. La richesse des mélodies, la construction très élaborée des chansons, le son particulier de la guitare (Brian May joue sur une guitare unique qu’il a fabriqué lui-même, dans le bois centenaire d’une vieille cheminée), l’appui si caractéristique des harmonies vocales, la finesse de l’interprétation, tout prend forme ici, sous nos oreilles ébahies.
C’est bien avec "Queen II" que Queen est né. Et nous dirons même plus : dans sa construction et dans sa richesse, le titre The March of the Black Queen a tout du grand frère de Bohemian rhapsody (cf la video ci dessous) . D’autres filiations à peu près évidentes sont faciles à établir pour qui s'intéresse au sujet.
Si vous aimez le Queen de la période d'avant les moustaches à Freddie (1980) et le concomitant revirement du groupe vers des exigences plus commerciales que musicales, ne passez pas à côté de cet album, aussi confidentiel qu’essentiel (et réciproquement).