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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Quartier lointain

Quartier lointain

Sam GARBARSKY

Avec Pascal Greggory, Jonathan Zaccaï, Alexandra Maria Lara - 2011 - Wild Side

Et ta critique ?




Faire un voyage dans le temps pour réécrire sa propre histoire, le film de Sam Garbarsky tient la comparaison du manga de Jiro Taniguchi


Les bons films français sont aussi difficiles à trouver que des trèfles à quatre feuilles. La plupart, avouons-le, sont poseurs ou autocentrés, quand ils ne plongent pas, tête baissée dans la vulgarité.

Voilà pourquoi la vision de Quartier lointain fait du bien. Inspiré du manga de Jiro Taniguchi, il synthétise la rencontre élégante entre un mélange de François Truffaut et Jacques Demy  d’une part et d’autre part la ligne épurée et claire de l’auteur de manga.

L’histoire est la suivante : un auteur de bande dessinée part dans un salon pour signer ses œuvres. Au retour, il se trompe de train et doit débarquer dans une ville de montagne avant de rejoindre Paris. Par un hasard qui n’en est pas un, il s’agit de la ville dans laquelle il a passé sa jeunesse.

Tout a changé dans cet environnement, depuis une trentaine d’années. L’auteur interprété par un Pascal Greggory minéral et portant le poids des ans se rend dans le cimetière où est enterrée sa mère. Là il est pris de malaise et s’évanouit.

Quand il revient à lui, c’est dans le corps d’un adolescent de 14 ans. Il se retrouve projeté dans son passé à quelques jours du moment où son propre père les a abandonné pour « vivre sa vie ». N’est-il pas revenu dans ses souvenirs pour essayer de modifier l’histoire et tout tenter pour que son père n’abandonne pas sa famille ?

L’homme à la quarantaine avancée est piégé dans un corps de gamin et c’est en adulte qu’il décrypte le comportement d’un père mutique et d’une mère abimée dans la tristesse.

Sur cette jolie trame qui reprend un songe que nous avons tous eu de pouvoir modifier l’histoire, le film avance en séquences rapides mais alanguies par la musique du groupe Air (presque aussi belle que celle de Virgin suicide) de fondu au noir en ellipses.

Le film sait également  être drôle avec la description des copains de lycée ou tonique quand il décrit comment il fait bon vivre dans la peau d’un jeune homme. Demeure quand même une impression fortement mélancolique d’une famille distendue dans laquelle, malgré ou à cause du sens du devoir, le père s’ennuie.

Un joli premier amour, une première cuite. Une question fondamentale : que sait-on de ses parents ? Au final, une œuvre émouvante, bien filmée, bien jouée qui donne presque le regret de ne pas l’avoir vue au cinéma.

 

 


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 07/09/2011