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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

 Quartier Lointain

Quartier Lointain

Jiro TANIGUCHI et Dorian ROSSEL

Jusqu'au 29 octobre 2011 Théâtre Sylvia Montfort - 75015 PARIS 1h20

Les commentaires

Françoise

Le 28/10/2011

Je suis allée au Théâtre Sylvia Monfort hier soir ; j’ai beaucoup aimé « Quartier lointain », mise en scène très bonne, originale, surprenante, qui ne dénature pas la BD originale. Seul bémol, j’ai trouvé que les scènes retraçant la vie de famille étaient un peu saccadées.

Ma fille aussi a aimé ; elle trainait les pieds pour y aller, puis était conquise à la sortie.

Il y avait un groupe d’une vingtaine, ou trentaine d’enfants, de 9/10 ans qui riait beaucoup ; à la sortie, ils reprenaient les tableaux chocs et mimaient en se tordant de rire !

Merci de ce bon conseil !

Et ta critique ?




 

Une  mise en scène merveilleuse et poétique !

 

 

Après sa récente adaptation au cinéma, on retrouve désormais la célèbre bande dessinée Quartier Lointain de Tanigushi Jiro sur les planches.  Cette attachante BD confirme son statut de référence !

Suite à une soirée arrosée (façon salary man japonais qui se saoule méthodiquement après le travail), Nakahara, se trompe de train et se retrouve par hasard dans sa ville natale où il retombe littéralement en enfance. Il s’y réveille dans sa peau de 14 ans, mais avec son esprit d’adultes.

D'abord heureux de retrouver la vitalité d’un adolescent, notre quadragénaire savoure d’abord sa jeunesse ressuscité avant de réaliser qu’il est en train de revivre l’été où son père a quitté sa famille sans explication. Son voyage dans le temps prendra alors une autre dimension et se relèvera être plus qu'un simple rêve de vitalité retrouvée.

La première partie du spectacle est un absolu plaisir d’enthousiasme, la suite étant un peu plus grave. La douce nostalgie se mue en angoisse diffuse: Nakahara cherche à tout prix à empêcher son père de fuir, avant de tâcher de le comprendre.

L’histoire en elle-même est touchante car elle constitue une évocation nostalgique et poétique de l’adolescence et parce qu'au fond, elle est celle d'un type simple et profondément gentil, un type banal qui comme (presque) nous tous, a grandi et laissé son enfance derrière lui.

Pour tout un tas de raisons, il était très culotté (et aussi casse-gueule, il faut bien le dire !) de s'atteler à l'adaptation au théâtre de cette bande dessinée. D’abord parce que le livre recèle une poésie a priori impossible à restituer, poésie qui a d’ailleurs fait de Quartier Lointain l'oeuvre emblématique d'un dessinateur mythique. Ensuite, et plus prosaïquement, parce que le récit implique des sauts spatio-temporels a priori difficiles à mettre en scène au théâtre. 

Dorian Rossel n’a pas cherché à reproduire fidèlement le Quartier Lointain de Tanigushi. Le metteur en scène s’est approprié l’œuvre, ce qui était le meilleur moyen de la respecter. Comme diraient les Suisses, les amateurs de la BD seront « déçus en bien » !

L’adaptation de Quartier Lointain proposée par Dorian Rossel représente pour moi tout ce que le théâtre peut avoir de magique. On est au cœur du spectacle vivant, et bien vivant ! le metteur en scène fait preuve d’une inventivité magnifique qui transporte le spectateur à travers les lieux et les époques avec deux bouts de ficelle. Le décor est extrêmement simple mais tout est mobile et tout regorge de surprises. Un simple exemple: lorsque Nakahara est dans le train, ce sont des comédiens qui jouent le paysage qui défile. Et ça fonctionne !

Nous sommes transportés au Japon alors que nous sommes à Paris (dans le très agréable Théâtre Monfort, injustement à moitié vide) et qu’il n’y a pas un seul comédien japonais sur scène !

Les comédiens incarnent tour à tour différents personnages avec justesse, et la mise en scène est une telle réussite que l’on en est littéralement saisi, étonné, émerveillé. Une pièce de théâtre si émouvante qu’elle vous donnera une bête tendance à rester bouche ouverte, ébahi! Courez-y !


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 12/10/2011