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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Pull up some dust & sit down

Pull up some dust & sit down

Ry COODER

(Nonesuch - 2011)

Et ta critique ?




Ry Cooder s'attaque à la haute finance et aux voleurs respectables ! A nouveau, il s'acoquine avec succès à un mythe.


Dans les années 90, il est allé en Afrique rappeler que le continent avait révélé quelques génies de la guitare comme Ali Farka Toure. Il a aussi mis sur les routes les octogénaires du Buena Vista Social Club. Ry Cooder, guitariste aventurier, a toujours aimé se frotter à des mythes pour les mettre en avant ou en sortir la quintessence en musique.

On n'oubliera pas son riff mélodieux de Paris Texas, qui, en quelques notes, évoque l'Amérique légendaire, gigantesque ou désertique. Les grands espaces ont parfois fait de grandes chansons. Pour son nouveau disque, Ry Cooder s'en prend à un nouveau mythe: l'argent !

En ces temps de crise financière, le musicien décide de saccager le mythe des banques, de l'argent roi et renforce son idée de chanson populaire, venue d'en bas pour résonner jusqu'en haut. C'est ce qu'il faisait déjà en allant chercher des artistes du tiers-Monde.

Honnête, sa musique est celle d'un temps où la récession guette. Ry Cooder observe son époque et n'est pas tendre avec ceux qui en profitent. L'humour est ravageur et la musique est évidemment un virtuose mélange des genres.

Hors des modes, le chanteur casse sa voix sur des rythmes chaloupés, des sons vintages et une production proche de la perfection. Bien entendu, il n'y a pas de dissonances ou de riffs hurleurs. Ry Cooder a la révolte douce.

Fan de Woody Guthrie, rassemblant des instruments d'un autre temps (un accordéon sorti tout droit de nos bals populaires, banjo, mandoline), il dénonce les maux de notre Monde mais surtout fait de la musique. Professionnel jusqu'au bout des cordes, il réalise une excellent disque américain, dans le bon sens du terme.

Il rêve d'un Monde où John Lee Hooker serait président. Ses blues ne sont jamais névrosés. Cooder a toujours l'énergie du désespoir et sait toujours transformer ses angoisses en ballades envoutantes ou rock calibrés mais mémorables.

La protestation est élégante. Les fantômes roots viennent hanter nos inquiétudes d'aujourd'hui. Le blues reprend sa place et la complainte doit de nouveau être entendue ! Toujours en train de regarder ce qu'il se passe ailleurs, Ry Cooder prouve qu'il est l'artiste contemporain le plus avisé.

Plus qu'un disque, un pamphlet !




Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 24/10/2011