Avec Johnny Depp, Christian Bale, Stephen Lang, Marion Cotillard et toute une pléiade d'acteurs patibulaires - Universal - 8 juillet 2009 - 2h13
Les commentaires
Thibault
Le 08/12/2009
Mon cher Pierre,
Je suis habituellement entièrement d'accord avec tes critiques mais là, franchement, non!
Ce film est mauvais.
Aucun mouvement de caméra digne de ce nom: Mann se contente de se balader caméra à l'épaule et de cadrer trop serré. Je ne sais pas s'il y le moindre traveling... Mann travaille exclusivement au montage et a oublié ce qu'est un plan séquence. On dirait une mauvaise pub, c'est fatiguant.
Pire: la photo est consternante. On a l'impression de regarder le making-of du film tant la lumière et les couleurs sont trop brillantes. Du coup, toutes les scènes d'intérieur sentent le décor à plein nez.
Et que dire de l'interprétation? Marion Cotillard parle très bien anglais, mais c'est tout. Johnny Depp est en pilote automatique et Christian Bale fait vachement bien le mec impassible et sans émotion, au point qu'il n'en crée aucune chez le spectacteur.
Bref, si vous voulez voir un film de gangster de Mann, revoyer plutôt Collateral et oubliez ce navrant public Enemies !
Et ta critique ?
Son premier film s’appelait Le solitaire. Depuis Michael Mann s’est toujours intéressé à la marginalité sous toutes les formes. Ici, il observe un mythe américain des gangsters. Une nouvelle fois, c'est une surprise totale.
Ce qui déconcerte le plus avec Michael Mann, c’est son intransigeance. Sa mise en scène se voit. Mann est un aventurier visuel. Il tente en permanence, à chaque film. Ce cinéaste n’aime pas trop avoir des habitudes et se remet constamment en cause.
Depuis quelques films, il s’est découvert une passion pour la caméra HD et cela a renversé une fois de plus son esthétisme et sa vision du polar noir. Heat, en 1995 élevait son cinéma au rang de grand art et sa passion pour le film noir devenait une référence.
Depuis il n’a eu de cesse de démonter son propre système jusqu’à l’erreur 2 flics à Miami, film d’action un peu trop abstrait. Heureusement Mann connaît ses classiques : il retrouve l’inspiration avec Public enemies.
Il nous plonge dans les années 30, période de la grande dépression. En une seule scène, il impose le personnage de John Dillinger, braqueur de banques classieux. Sans en révéler la portée, la première scène du film est essentielle, sublime et propose une vraie vision de cinéma.
Avec sa petite caméra, le réalisateur se promène au cœur de l’action et devine toutes les émotions de ce gentleman cambrioleur, plus célèbre que Al Capone. Il agace le jeune Hoover qui installe doucement mais sûrement un nouveau bureau d’investigations qui deviendra le FBI.
Il envoie à Chicago son meilleur agent, Melvin Purvis. Ce dernier a carte blanche pour empêcher Dillinger de voler les banques. Deux mondes s’affrontent. Dillinger devine que la fin est proche tandis que Purvis découvre une nouvelle façon d’enquêter.
Une impressionnante mélancolie colle à Dillinger, magnifiquement joué par Johnny Depp. Elle s’oppose bizarrement au style documentaire du réalisateur. On n'a jamais vu une reconstitution historique filmée de cette manière : saccadée, brutale et très moderne. C’est le dogme de Lars Von Trier au service du cinéma hollywoodien.
Michael Mann fuit tout trait de classicisme et nous emporte au cœur de l’action. De temps en temps, cela fait ressentir une certaine redite pourtant l’auteur observe finement la solitude et l’anticonformisme des hors la loi. Romanesque, son film suit les dernières de gloire d’un voleur majestueux et droit. Ce monde, fait de noblesse et de règles, est rapidement détruit. Avec sa caméra, on devine l'isolement qui petit à petit grignote la vie du gangster.
Comme Heat ou Collateral, Mann filme la chute d’un marginal, fier et déçu. La grande dépression, c’est peut être ainsi que l’on peut résumer le cinéma de ce surdoué qui possède l’unique qualité de surprendre à chaque film.