Trente ans ! Cela fait trente ans que Providence est sorti en salle, mais cet OVNI cinématographique n’a pas pris une ride. Et comme tous les films d’Alain Resnais, Providence ne ressemble à aucun autre film. Ni surtout à un autre film d’Alain Resnais !
Il reste en tous cas un des plus beaux films jamais réalisés sur le thème de la création littéraire. On y suit l’imagination fatiguée d’un écrivain octogénaire, malade et en panne d’inspiration, interprété avec un immense talent par John Gielgud, un Sir John au sommet de son art.
La musique de Miklós Rozsa est au diapason. Rozsa, qui s’était surtout illustré jusqu’alors dans la musique lourdingue pour péplum hollywoodien, colle ici parfaitement à l’atmosphère étrange et élégante du film.
On ne comprend pas toujours tout du premier coup, mais cela n’a plus d’importance quand arrivent les dernières scènes baignées de lumière, où le spectateur comprend, recolle les morceaux du puzzle. Vingt minutes de paix et de soleil éclairent rétrospectivement une heure trente de récit dans le récit, de création dans la création, a priori incompréhensible et traversée de scènes absurdes ou délirantes (le footballeur, les sorties sur les hommes dans l’espace…).
Le reste de la distribution se hisse à la hauteur shakespearienne de Sir John : Dirk Bogarde, Ellen Burstyn, David Warner… VO indispensable !
Vous cherchez un défaut ? Vraiment ? Bon, voici : le seul défaut de Providence, c’est qu’il reste aujourd’hui introuvable en DVD. Alors à moins d’avoir encore dans un coin un lecteur de cassettes VHS – un quoi ? vous voilà condamnés à attendre une re-diffusion en salle, tel un cinéphile moyen en… 1977.
Philippe Muller
© Etat-critique.com - 10/06/2007