Etat Critique revient sur l'événement Monumenta et vous propose un autre regard sur l'oeuvre de Richard Serra.
L'édition 2008 de l'exposition Monumenta au Grand Palais accueille Richard Serra jusqu'au 15 juin avec une œuvre originale créée pour ce lieu unique à Paris. Chronique d'une erreur de casting.
De beaux nuages blancs, ronds et duveteux. Un vent joyeux et un beau ciel bleu en arrière plan. Il est des jours où la nature rejoint l'artiste pour offrir un spectacle, sublimer une œuvre qui, sans ce coup de pouce des éléments, ne serait que terrestre. Ainsi en était-il, ce jour-là, de l'alignement monumental que Richard Serra a installé sous l'immense verrière de la Nef du Grand Palais à Paris.
Cinq plaques d'acier, hautes de dix-sept mètres (pour dépasser le niveau du balcon) et larges de quatre. Soixante quinze tonnes chacune. Plantées verticalement dans le même axe, mais inclinées légèrement vers la gauche ou la droite, elles semblent se mouvoir au gré de la déambulation du public de l'une à l'autre.
"La sculpture bascule sur son axe et sur sa tranche alors qu'elle s'élève dans les hauteurs, et lorsque vous parcourez le plan, se crée une illusion en relation à son rapport à l'espace. De loin, la sculpture semble statique et, en vous en approchant, elle peut donner l'impression de se pencher vers vous ou de s'éloigner suivant votre position : elle bouge en fonction de votre perception."
Malheureusement, si l'intention est digne d'intérêt, sa mise en œuvre prête le flanc à nombre de critiques que l'artiste n'avait certainement pas prévues… mais dont il se défendait par avance en affirmant "[qu'il] ne comprenait complètement sa sculpture qu'une fois installée dans l'espace, [qu']avant cela, [c'était] un coup de dés."
Coup de dés perdant avec Promenade (c'est le nom de l'œuvre). L'entrée dans la Nef du Grand Palais se faisant sur le côté, c'est de "profil" que l'on découvre d'abord les cinq plaques… conçues pour être appréhendées de face !
Qu'à cela ne tienne, contrairement aux mégalithes fermement ancrés au sol, on est là pour parcourir librement, au gré de notre curiosité, une installation dont la vocation même est d'accueillir ses contempteurs pour une balade en son sein. Mais l'on est rapidement frappé par la "modestie" des dix-sept mètres d'acier comparés à la véritable majesté de l'arche de verre qui la surplombe.
On rêve alors de rendre à la Promenade de Richard Serra une liberté qui lui siérait mieux, hors les murs et le béton, dans un vaste plaine à l'herbe rase et au ciel changeant. Pour preuve Clara-Clara, une autre œuvre monumentale de l'artiste, que le musée du Louvre propose de redécouvrir jusqu'au 3 novembre au jardin des Tuileries, sur les lieux même de sa création en 1983.
Joël Fomperie
© Etat-critique.com - 06/06/2008