Jazz et bluesy, c'est le son estival d'Etat Critique. Christophe Dal Sasso s'entoure d'une grande formation pour un disque à l'ambiance mélancolique. Un bon prétexte pour se laisser porter par le jazz, musique immersive.
Joueur de flûte, Christophe Dal Sasso est un proche de Lionel Belmondo. Avec lui, il s'est aventuré dans un jazz d'ambiance, capable de mélanger les vieilles habitudes avec des touches modernes et ambitieuses.
Grand arrangeur, le musicien réunit pour son nouvel album une douzaine d'instruments pour un faux big band et un vrai bon disque. Tous les prétextes sont bons pour retrouver un jazz faussement rétro. La première des qualités de Dal Sasso, c'est son humilité. Pour lui, pas de doute, l'union fait la force.
Il y a donc de la place sur son album pour tous les musiciens qu'il a convoqué. Les solistes s'amusent beaucoup et réussissent à composer un disque à la puissance d'évocation assez extraordinaire. Avec ses 12 apôtres, Christophe Dal Sasso fait dans l'ancien et le nouveau. Morning Sound pourrait s'inspirer de l'Afrique tandis que Rondo, premier morceau, imposerait un voyage dans la mythologie américaine.
Le musicien regarde vers tous les horizons: un titre comme For Yusef & John résume bien l'ouverture d'esprit de Dal Sasso. Il ne s'éparpille pas. Il profite des talents réunis autour de lui. Chaque instrument est mis en avant et donne à chaque chanson un ton, un style, une ambiance.
On voyage ainsi dans le temps et l'ensemble regroupe une vraie matière originale. On pense à un vieux polar des années 50 signé Molinaro avec la gueule patibulaire de Lino Ventura puis on entend un jazz fort, démocratique et original.
Ce mini big band jubile et s'écoute. Ce n'est pas un gros jam glissant vers le free jazz. Il y a bien ici et là des dissonances. Mais tout est maîtrisé. Christophe Dal Sasso et ses amis écrivent avec une subtilité remarquable des airs influencés mais assez forts pour s'imposer.
Classique mais nouveau, Prétextes est un disque atmosphérique. Il nous propose une heure de jazz conventionnel mais jamais ordinaire. Une nuance qui fait toute la différence.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 22/07/2011