Les années 80 doivent beaucoup à John McTiernan.
Chercher des informations sur John McTiernan sur le net relève du défi. Très peu de biographies sur cet homme né en 1951 dans l’état de New York. Fils d’un chanteur d’opéra, sa passion pour l’art est né dans les théâtres puis se confirme à l’école Juillard du Lincoln Center avant de rentrer à l’American Film Institute. Au début des années 80, il se fait un nom dans la publicité puis en 1986, il se fait remarquer avec un premier long métrage, le thriller fantastique Nomads.
Pierce Brosnan interprète un anthropologue français enquêtant sur une étrange bande de voyous démoniaques. Sur le papier, cela peut être risible mais le réalisateur impressionne par ses qualités formelles. Il épate en tout cas Joel Silver, producteur de films d’action très eighties comme 48 Heures, Commando et surtout L’arme fatale de Richard Donner.
Ce dernier lui confie les rênes de Hunter, un film d’action teinté de fantastique. Le scénariste de L’arme fatale, Shane Black devient acteur et surtout surveille de très près le jeune cinéaste pour renseigner le producteur déjà mégalomaniaque.
Le tournage se déroule au Mexique. La star Arnold Schwarzenegger perd plusieurs kilos pour le rôle tandis que McTiernan maigrit à cause du stress et de la nourriture mexicaine dont il se méfie. La légende dit que Van Damme devait interpréter le monstre invisible. Le film sort le 18 juin 1987 aux Etats Unis, et connaît un beau succès commercial et surtout critique.
La presse est tout étonnée de voir le film musclé à la gloire de la star de Conan viré au film d’horreur et relève un incroyable sens de la mise en scène. Il faut dire que Predator réduit l’enjeu du film justement à la mise en scène. Une bande de soldats surarmés s’en va broyer du communiste au fin fond de la jungle sud américaine. Le spectacle est convenu puis les marines se font piéger par un étrange assassin, beaucoup plus fort qu’eux. Commence alors une traque sans pitié dans la jungle.
Tout l’univers de John McTiernan est présent dans ce premier blockbuster, qui restera comme une référence. Le cinéaste dépasse le genre et le mélangeant avec d’autres. Ici, il y a de l’horreur et du fantastique. Le gros film bourrin à la gloire de l’interventionnisme américain se mue en jeu mortel et régressif. Le culte du muscle et de la virilité (très à la mode avec Schwarzie, Stallone, Chuck Norris etc.) est passé à la moulinette par un rasta venu d’ailleurs. L’air de rien, John McTiernan ridiculise les stéréotypes de l’époque.
McTiernan étouffe les conventions en limitant ses personnages à une seule mission : survivre. Le monstre, invisible, se confond avec le décor. Il dispose de l’espace comme il le veut et pour survivre, les soldats doivent maîtriser la nature. Ils doivent, comme l’extraterrestre, «devenir» la nature. Il faut renoncer à tout signe de civilisation. McTiernan ne fait pas du Rousseau mais base sa réalisation sur cette régression de l’individu pour retourner à l’état de nature.
Les héros sont maltraités dans Predator. Le spectateur lui est bercé par un sens de l’espace, inouï, qui rappelle les meilleures heures de John Woo ou Martin Scorsese. La musique martiale cache une ironie sourde et surtout les effets spéciaux de Stan Winston font rentrer le monstre rasta dans le panthéon des méchants de la science fiction.
Depuis beaucoup ont déliré sur le caractère philosophique du film et de la gueule de sa créature, sorte de vagin édenté, cependant le film impose surtout une rigueur et une intelligence dans un genre sous-estimé. McTiernan montre une volonté et un style. Il n’en est à l’époque qu’à son tout premier film majeur !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 09/03/2011