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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Pour le meilleur et pour l'empire

Pour le meilleur et pour l'empire

James HAWES

Traduit de l’anglais par Olivier Deparis - Editions de l’Olivier - 353 pages

Et ta critique ?




Tous les amateurs de télé-réalité vont comprendre que les candidats à ces jeux sont souvent mûs par le désespoir. Et le désespoir peut mener à tout ! Y compris à gagner.


James Hawes est né en 1960. Il est l’auteur de cinq romans dont seul le premier a été traduit en français en 1999. Pour le meillleur et pour l’empire (Speak for England en vo) a connu un grand succès à sa parution en 2005 en Angleterre et a permis à son auteur de vivre une sorte de consécration.

Un anglais moyen nommé Brian Marley est professeur d’anglais pour étrangers. Il est divorcé, a un fils de trois ans, des dettes et plus aucune possibilité de rêver à un avenir radieux. Quand un de ses amis lui propose de participer à un jeu de télé-réalité, il accepte.

En quoi consiste ce jeu ? Larguer une dizaine de personnes avec le minimum vital dans la jungle de Papouasie et attendre qu’il n’en reste qu’un, après élimination. En l’occurrence, ce sera Brian même s’il risque d’y laisser sa santé mentale. Et l’histoire rebondit de manière incroyable, lorsque Brian à bout de souffle fait une découverte.

Il découvre une colonie de personnes anglaises qui ont survécu à un accident d’avion et vivent comme si l’on était encore dans les années 1940-50 et que la Grande-Bretagne était un empire puissant où l’on croyait en Dieu et vénérait la Reine, ainsi que des valeurs que ne renierait pas l’armée…

Cette histoire, James Hawes la raconte à la fois comme une satire mais également comme une analyse fouillée et socio-politique. La seconde partie du roman nous montre par exemple comment la vie d’une personne d’âge moyen peut se dérouler dans notre société (car, avouons-le la société anglaise a quelques points communs avec la française) en n’ayant aucun espoir d’amélioration.

James Hawes réussit à ce que son roman soit autant drole que fondé sur une analyse précise et corrosive. A l’heure, où en France, nous avons un nouveau ministère de l’immigration et de l’identité nationale, sa réflexion sur ce qui fonde l’identité nationale anglaise, nous intéresse et provoque certains échos dans nos consciences.

Un brin de Voltaire ou de Swift, un poil d’absurde et beaucoup d’intelligence. Le cocktail serait parfait si l’auteur terminait son livre à la page 320. Hélas, il nous assène une dernière partie certes corrosive au niveau de la réflexion politique  mais qui anéantit l’unité des personnages de son récit.

On sent qu’il a tellement aimé ce qu’il écrivait (et on le comprend) qu’il n’a pas su ou voulu s’arrêter.

Cette réserve mise à part, ce livre porté par une écriture ample, souple et précise, vous apportera des bonheurs de lecture qu’on ne trouve pas partout en ce moment. De plus, il alimentera votre réflexion sur bien des points (la notion de bon sauvage et de civilisé, l’avenir de l’Europe). Ne vous privez pas du plaisir de rire et de réfléchir.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 12/06/2007