Plutôt de faire des films comme son copain Sfar, Blutch rend hommage au cinéma avec son imagination toujours aussi baroque. Une bédé cinéphile poétique.
Beaucoup de dessinateurs veulent s’essayer au cinéma. Le grand écran et la bédé se font des papouilles depuis quelques années en France avec de beaux succès (et de vilains ratages). Blutch, indomptable, reste dans le 9e art.
Depuis ses débuts à Fluide Glacial, Blutch est un farouche auteur, indépendant, capable des plus grandes fantaisies et d’œuvres complètement barrés. Ici, il se dispense de toute logique et le récit se fera au fil de ses souvenirs de cinéma.
Ils sont nombreux mais offrent une déclaration d’amour au cinéma. Pas mal de nostalgie : Hitchcock, Godard, Lancaster, Visconti, Newman ou Piccoli deviennent les héros de cette incroyable évocation.
Avec son style tarabiscoté, ils divisent son récit avec des couleurs qui nous rappellent le bon vieux technicolor d’un autre temps. Habile il chevauche des idées pour souligner ses fantasmes avec une omniprésence des femmes. Un érotisme parvient à naître dans ce patchwork de références au dessin enlevé.
C’est parfaitement irracontable mais Blutch sait se servir de sa douce et photogénique folie pour nous aider à ressentir. On devine sa passion sur chaque planche. Les clins d’œil et les emprunts se multiplient et la lecture devient ludique.
A quelques endroits on se perd : il revient toujours à ce brasier artistique que fut pour lui le cinéma de son enfance. On comprend rapidement sa citation de Verlaine : « Je fais parfois un rêve étrange et pénétrant D’une femme inconnue, et que j’aime et qui m’aime Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend ».
Remplacer « femme » par « cinéma » et vous aurez une vague idée de ce qu’il se passe dans la tête de cet amoureux du 7e art et la bizarre lecture qu’est ce poème graphique !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 19/01/2012