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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Pour Malaparte

Pour Malaparte

Bruno TESSARECH

Buchet-Chastel - 206 pages

Et ta critique ?




Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, le dernier livre de Bruno Tessarech est sous-titré "portrait". L’auteur ne nous invite donc pas à lire une biographie de Malaparte, mais plutôt une évocation personnelle, impressionniste, sans prétention d’exhaustivité ni d’objectivité.


Publié il y a deux ans chez le même éditeur, le magnifique Villa blanche appartenait déjà à cette veine de textes au second degré. Destinés presque plus aux amateurs de littérature qu’aux amateurs de lecture, ils permettent d’aller au-delà des seules œuvres.

Pour Malaparte s’ouvre sur un prologue terrible, très réussi. La fatalité nous tombe dessus entre deux nuages clairs, comme un coup de tonnerre inattendu du destin. Comme parfois chez Marguerite Yourcenar dans Souvenirs pieux...

Le style sobre, presque dépouillé, de Tessarech convient ici à merveille. Une fois au cœur du sujet, l’auteur s’autorise plus de figures, ne boudons pas notre plaisir. Malaparte en ressort vivant, et bien vivant ! ambigu, cabot, génial parfois quand il touche à la littérature, médiocre souvent quand il touche à la politique, aux affaires, à l’amour, à tout le reste en somme.

Le récit comporte une longue parenthèse (pages 96-108), à laquelle ceux qui ne connaissent que vaguement l’histoire des idées politiques qu’elle expose prendront autant d’intérêt que de plaisir. Les critiques reprocheront peut-être à l’auteur de s’étendre un peu trop, comme pour bien montrer qu’il a potassé le sujet. J’y discerne, plutôt qu’un pêché d’orgueil, une vraie dilection pour ledit sujet, traité avec allant, alors que la matière est plutôt plus austère que celle dont est fait le reste du livre.

Cet allant, cette vie, on les retrouve tout au long de Pour Malaparte. Tessarech y dessine un écrivain excessif et paradoxal, l’homme qu’il fallait pour écrire Kaputt ! Alors que nombre de critiques ont rapproché du roman de Malaparte l’habile Les Bienveillantes paru à la fin de l’été dernier, il est fascinant de suivre de nouveau les traces du correspondant de guerre italien sur ce front de l’est chaotique, baroque, cruel comme la vie. De retrouver ce sens du kaïros grec, de l’instant clé où tout se concentre en un morceau de bravoure inoubliable. Et des morceaux de bravoure inoubliables, l’œuvre de Malaparte n’en manque pas !

Sur les traces de Malaparte, Bruno Tessarech est un guide cultivé, nuancé, qui ne se contente pas de nous faire revisiter les principaux monuments, mais nous donne envie de découvrir aussi les œuvres moins connues. En particulier les tardifs Journal d’un étranger à Paris et Bal au Kremlin. A cet égard, la bibliographie rassemblée en fin d’ouvrage se révèle excitante.


Philippe Muller

© Etat-critique.com - 31/05/2007