Avant d’être les joyeux auteurs de Spoon & White, le père et le fils Léturgie se sont défoulés avec Polstar, saga futuriste plus que déjantée. A ne pas mettre en toutes les mains !
Spoon & White est un grand succès de la bande dessinée. Les deux inspecteurs les plus crétins de la planète ont tourné en ridicule toute une sous-culture contemporaine. La parodie est savoureuse car décompléxée. Les héros sont des benêts et leurs aventures sont bien pathétiques.
Heureusement, elles sont bien écrites par Jean Léturgie, le papa de Simon qui dessine. Ce dernier a un coup de crayon léger, qui ressemble étrangement à celui de Didier Conrad, responsable du cultissime Les innommables.
Ce dessin plaisant permet à Jean Léturgie de se lâcher et développer un humour vachard et nerveux. Ca ne vole pas haut et c’est justement le plaisir coupable que procure la lecture de leur œuvre. A force de grivoiseries, ils démontent les conventions.
Avant Spoon & White, la famille Léturgie avait tenté la formule avec Polstar, bédé qui réunit une galerie de personnages complètement hallucinants. Le héros n’en est pas un : Nicolas Polstar se rebelle un jour contre les trois sages qui gouvernent l’empire parce qu’on a tué sa famille. Il se trompe d’adversaire puis une fois qu’il a réduit en miettes ses ennemis, il devient dictateur à son tour.
Il n’y a vraiment aucun salut dans la série. Tous pourris et tous idiots. Il n’y a pas un seul protagoniste pour rattraper l’autre. Ce ne sont que des gros lourdauds adeptes du pistolet laser et de la phrase définitive.
Plein de muscles et rien dans le ciboulot ! Ca pourrait être désespérant voir décevant : c’est plus que décapant ! Les auteurs s’en prennent méchamment à la science fiction. Ils réduisent en miette l’humanisme et l’espoir qui soutiennent le genre.
Les deux auteurs pervertissent leur histoire et vont assez loin dans le délire. Déconcertante, la saga devient un passionnant pied de nez au bon goût et la bienséance. Réussir à faire de la vulgarité et de la violence, des qualités, voilà qui mérite d’être salué !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 13/09/2008