Version littéraire de La vie de Jésus, Polichinelle est une plongée étouffante dans la jeunesse rurale qui s’ennuie jusqu’à se perdre dans le fait divers sordide.
Il faut quelques pages pour s’y faire. L’auteur, Pierric Bailly, refuse les trop grandes respirations. Son texte mélange langage parlé, dialogues et réflexions. Les pensées du héros parasitent tout le texte.
Et Lionel pense en permanence. Il est conscient de sa misère. Il l’emballe dans un bavardage constant, pas toujours lisible et tombant finalement dans une étrange abstraction qui rend le quotidien un peu plus intéressant.
Mais la vie de Lionel est un piège tendu par l’ennui et la médiocrité. Jeune étudiant, il rentre dans sa campagne du Jura pour retrouver quelques amis plus jeunes que lui. Pour tuer le temps, ils enchaînent les conneries de plus en plus dangereuses.
On pense à Larry Clark ou Bruno Dumont, à ce cinéma âpre qui affronte la jeunesse sans idéalisation. L’adolescence peut être triste, désespérée, surtout dans les zones rurales. Lionel s’imagine être un gangster de Chicago. Il n’est qu’un petit gars sans avenir, multipliant les conneries… jusqu’à ce qu’arrive la grosse !
L’écrivain plonge dans ce drôle d’univers sans recul. Le texte est un grand patchwork où l’on est parfois soûlé par des considérations peu nuancées. La violence est réduite à des détails pourtant lourds de conséquences. Le sexe ne repose même pas les neurones de cette petite bande perdue dans un été irrespirable.
Les 240 pages de Polichinelle ne sont pas faciles. Mais c’est justement ce rythme qui donne une certaine justesse au nihilisme qui submerge cette jeunesse abandonnée. Leur langage devient une forme de poésie, certes sombre mais réelle.
La radicalité du texte devient une ouverture sur ce malaise existentiel qui fait si peur aux adultes. Ce délire de mots accède à une forte exactitude. Cette jolie contradiction fait toute la force de ce premier livre.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 07/10/2008